"Le cinéma m’a permis de continuer à être le gamin que j’ai toujours eu envie de rester" : Olivier Marchal de retour dans "Les rivières pourpres"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’acteur et réalisateur Olivier Marchal.

Acteur, réalisateur et scénariste, Olivier Marchal a, entre autres, réalisé le polar 36 quai des Orfèvres (2004) et a créé des séries télévisées comme Flics (2011) et Braquo (2009). Il est de retour dans le troisième volet de la série Les rivières pourpres, diffusée sur France 2 depuis le 8 mars dernier.

franceinfo : Une troisième saison pour "Les rivières pourpres" composée de huit épisodes. Ce rôle du commissaire Niémans semble avoir été taillé pour vous. Est-ce que vous vous sentez comme un poisson dans l'eau quand vous l'interprétez ?

Olivier Marchal : Disons que je n'ai pas beaucoup d'efforts à faire pour le composer.

Quand on parle de vous, on dit toujours : "L'âme de flic", le bon, celui qui est passionné, investi. C'est vous?

Passionné par le cinéma, oui. Flic, c'était une vocation. Je voulais faire ce métier depuis tout petit. Dès la classe de sixième, je mettais "Policier" dans la colonne "Qu'est-ce que vous voulez faire plus tard ?" La passion s'est éteinte après, doucement, parce que j'ai vu qu'on ne servait pas à grand-chose. C'est-à-dire qu'on était déjà un petit peu victime d'une haine émanant d'une certaine partie de l'opinion publique, et surtout la violence de ce métier m'a un peu déstabilisé. Donc la passion s'est éteinte et je me suis tourné vers ce que je savais faire aussi, le théâtre. Je me suis dit : "Tiens, il vaut mieux faire les faux flics que les vrais, il vaut mieux être devant une caméra".

Vous avez été inspecteur de police, ensuite vous avez travaillé dans les Renseignements généraux, section antiterrorisme, avant d'intégrer la police judiciaire du 13ème arrondissement de Paris. Vous avez décroché pour devenir acteur, mais en même temps vous êtes allé chercher ce travail physique dans le métier d'acteur.

J'ai toujours voulu faire des métiers qui ne sont pas ordinaires. Acteur, je n'y croyais pas. J'avais fait du théâtre mais bon, je suis fils d'ouvrier pâtissier, mes deux grands-pères étaient cheminot et paysan, donc je viens d'un milieu très simple. Mon père adorait le cinéma et la littérature policière d'où mon penchant pour le polar et ces métiers de flic. Comme beaucoup d'entre nous, je ne me voyais pas lui dire : "Papa, je monte à Paris et je vais faire l'acteur". Pour lui c'était un métier réservé à une élite, à Alain Delon, Jean-Paul Belmondo. Il ne se serait jamais imaginé que son fils puisse un jour travailler avec Daniel Auteuil et Gérard Depardieu.

Votre père a-t-il été fier de vous?

Mon père ne disait rien. Il ne m'a jamais rien dit et il allait voir mes films sans rien me dire. Et en fait, quand il est mort, on a ouvert son Kangoo et il était rempli de Télé 7 jours, Télé Star et tout depuis mes débuts dans Commissaire Moulin. Je sais qu'il les montrait à tous ses potes quand il allait au bistrot. J'ai une anecdote sur mon père quand j'ai été nominé aux César pour 36 quai des Orfèvres. Mes parents n'avaient pas Canal+ et je les appelle et leur dis : "Bon, je suis nominé aux César". Ils répondent : "On va aller voir ça chez nos voisins". Et le soir, je leur rappelle que c'est pour ce soir : "Vous êtes devant quand même car ça me ferait plaisir !" Et ma mère m'a dit: "Ton père s'est habillé, il a mis son costume et sa cravate".

Lorsqu'on vous regarde évoluer derrière le petit ou le grand écran, on se rend compte que vous êtes d'abord vous-même. Cette carapace vous permet de vous protéger mais ne vous retient-elle pas aussi d'être plus heureux ?

Heureux, je ne l'ai jamais vraiment été. Comme je dis : "Je suis un pessimiste joyeux", je suis plutôt un gai luron dans la vie, plutôt rigolo contrairement à ce qu'on pourrait penser. Je pense que ma famille m'a beaucoup aidé à aller mieux.

Le cinéma m'a permis d'avoir des étoiles dans les yeux et puis de côtoyer des gens extraordinaires. Même s'il y en avait aussi chez les flics.

Olivier Marchal

à franceinfo

Le cinéma vous a sauvé ?

Je pense qu'aujourd'hui je serais un flic seul et alcoolo, certainement pas très heureux et peut-être, comme certains que j'ai connus, passant mon fric dans l'alcool. Le cinéma m'a permis de continuer à être le gamin que j'ai toujours eu envie de rester. C'était Marcel Gauchet qui disait que la vie s'arrêtait une fois qu'on quittait la naïveté de l'enfance et moi, je suis devenu adulte très vite. À 20 ans j'étais flic, je décrochais les pendus, je faisais les crimes violents, des crimes sexuels. Tout d'un coup, je me suis plongé dans un monde d'adultes où je me suis dit : "La vie, c'est ça aussi et ce n'est pas terrible". Moi, je suis comme je suis et je fais des choses dans mon coin en aidant beaucoup de gens, des associations surtout pour les enfants.

En 2013, vous avez pris la parole au sujet du retard sur la cause des enfants auprès du gouvernement.

Bien sûr. Ils n'ont encore rien fait. Il y a des priorités, ce sont les enfants. Les enfants sont la seule chose belle qui nous reste aujourd'hui.

Est-ce que vous êtes fier d'avoir joué dans le film sur Jacqueline Sauvage ? C'est un message extrêmement fort qui a été passé.

Fier qu'il ait fait 9 millions de spectateurs sur TF1, fier du travail avec Muriel Robin et Yves Rénier. Je le suis parce que cela a permis d'évoquer ces violences faites aux femmes. Moi, je n'ai pas réfléchi et quand on m'a dit : "Mais tu es barjot de faire un rôle pareil, tu vas te faire insulter par la moitié de la Terre !" Le lendemain de la diffusion, les gens dans Paris m'ont arrêté en me félicitant. Des hommes, des femmes me disant : "Merci d'oser endosser un costume pareil, d'un tel salopard". Notre métier sert aussi à ça.

J'ai commencé à m'assumer à 45 ans.

Olivier Marchal

à franceinfo

Fier de votre parcours?

Je suis fier pour mes parents. Après, je suis surtout heureux d'avoir un public parce que quand on fait des chiffres comme ça, ça veut dire que les gens nous aiment et ça me touche plus que d'être fier parce que j'étais un gamin qui s'est toujours détesté, un adolescent très mal dans sa peau.  

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