"La danse s'est imposée à moi, j'aime tellement ça que ça me rend fou" : à 27 ans, le danseur étoile Hugo Marchand publie son autobiographie

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, le danseur étoile Hugo Marchand.

Hugo Marchand, 27 ans, est danseur étoile au Ballet de l'Opéra de Paris depuis quatre ans. Il publie, en collaboration avec Caroline de Bodinat, Danser aux Éditions Arthaud. Une autobiographie dans laquelle il raconte son enfance, sa famille et qui lui permet de transmettre sa passion pour la danse.

Elodie Suigo : Dès les premières pages, vous dites que votre envie à travers ce livre, c'est d'ouvrir la danse à un public qui, d'habitude, ne va pas à l'Opéra. De faire rayonner cet art qui vous guide et vous émeut depuis votre plus tendre enfance.

Hugo Marchand : C'est vrai que je compare souvent la danse à un non-choix puisqu'elle s'est imposée à moi. Une fois que je l'avais choisie, il n'y avait plus de retour possible.

Ce livre met en avant aussi cette relation particulière, si forte, que vous avez avec vos parents.

C'est vrai que mes parents m'ont accompagné d'une manière exemplaire durant mon parcours et continuent de le faire. Mon père l'a fait avec peut-être plus de calme, de pudeur, et donc c'était plus simple pour les examens, pour les moments stressants, d'être à côté de lui. Et ma mère l'a fait avec des lettres, des mots qu'on échangeait dans des moments plus calmes. Parce que c'est quelqu'un de très émotif et lorsqu'on rentre en écho avec sa mère en termes d'émotions, ça amplifie les choses.

La danse, c'est une abnégation totale pour vous. Très jeune et très tôt, vous vous êtes vraiment donné les moyens. Mais le point de départ, c'est le cirque ?

C'est le spectacle, en fait. J'ai des souvenirs de l'école primaire, d'avoir six, sept ans et d'être tellement heureux de danser, de chanter pour le spectacle de l'école sur une scène. Il y avait quelque chose d'hyper-instinctif et le cirque est arrivé très vite avec la gymnastique. Ce sont des moments où j'ai pu exulter très vite. 

Quand la danse est arrivée, ça a tout de suite pris une dimension beaucoup plus spirituelle.

Hugo Marchand

à franceinfo

Vous ne vous l'expliquez pas d'ailleurs, vous dites juste qu'à neuf ans, vous vous réveillez et vous décidez de faire de la danse.

J'ai l'impression que c'est un appel de l'intérieur. Après, quand on écoute mes parents, j'aurais vu un reportage sur Patrick Dupond à quatre ou cinq ans et j'aurais dit: "Je veux faire comme ce monsieur qui saute sur une scène."

Premier cours : éveil de la danse. Vous faites la grenouille, le papillon. Comment avez-vous ressenti ce moment?

C'était fou parce que j'ai pris conscience de mon corps. Prendre conscience de son corps à un âge si jeune m'a ouvert à la perspective de beaucoup de libertés, beaucoup de moyens d'expression, beaucoup de bien-être aussi et c'était assez jouissif. Ce sont des émotions que j'avais et que j'ai réussi à mettre en moi un peu plus tard.

Avec une prof qui ne va pas vous lâcher, vous enseigner la danse et vous dire: " Je vais t'apprendre à danser". Cela va devenir d'ailleurs un leitmotiv.

J'ai mis un pied dedans et je n'avais plus le choix. Ça me poursuit en fait. C'est un amour passionnel, je ne peux pas m'en passer, c'est quelque chose de l'ordre de la peau, de l'ordre des odeurs, de l'ordre de tous les sens.

La danse, c'est quelque chose qui m'aide à vivre, un moteur dingue dans ma vie et sans ça, j'ai l'impression que je ne pourrais plus avancer.

Hugo Marchand

à franceinfo

On sent que votre vie ne repose que sur ça et que, déjà très jeune, vous visez d'entrer dans les plus grandes écoles.

On m'a vite parlé de l'école de danse de l'Opéra de Paris. Pendant un temps, j'ai cru que je ne pourrais pas rentrer dans cette école puisque je n'avais pas les bons critères de poids, de taille, le bon âge et finalement, j'ai réussi en trichant sur le dossier. Cette école a été un moment douloureux et en même temps, un moment d'apprentissage dingue.

Est-ce que dans toute cette ascension, vous avez pris du plaisir, franchement ? 

Evidemment qu'il y a du plaisir. La danse, ça met un sens fou dans ma vie et c'est un bonheur avant tout. Sinon, je ne pourrais pas aller à la barre tous les matins, travailler mon corps comme je le fais. Je crois que le plus grand talent que j'ai, ce n'est pas d'être plus souple, sauter plus haut, tourner plus vite, c'est juste d'avoir plus envie que les autres parce que j'aime tellement ça que ça me rend fou.

Régulièrement, ado, on vous a dit : "Mais donc si tu danses, tu es gay"...

C'est vrai qu'avant d'intégrer l'école danse de l'Opéra de Paris, j'étais dans un conservatoire et un collège à horaires aménagés à Nantes, et donc entouré de la bêtise adolescente qu'on a tous quand on est jeune. Et je me souviens que j'avais fait un spectacle avant de partir et à la suite de celui-ci, on a arrêté de m'insulter. Je pense que les gens avaient vu ce qu'était la danse et à quel point elle pouvait être quelque chose de juste très naturel. Je le dis toujours, la danse n'est pas genré, il n'y a pas de questions de sexualité ou de sexe. La danse, c'est quelque chose de viscéral et chaque personne danse, chaque être danse. Donc, en fait, je ne comprends même pas qu'on fasse une association avec cela.

Au début, votre rêve, c'était de danser. À quel moment vous souhaitez devenir un danseur étoile ?

Avoir le titre, la couronne sur la tête, ce n'est pas l'essence même de ce rêve.

La quête d'être danseur étoile, c'est surtout pour la liberté d'expression dans les rôles et dans les créations contemporaines.

Hugo Marchand

à franceinfo

Vous devez conserver ce corps en permanence, c'est un travail de Titan.

Oui. On devient dingue. Il y a quelques écarts sinon on ne pourrait pas tenir sur la longueur. Il y a des moments, évidemment, où on a besoin de lâcher prise, d'être fou et de pouvoir profiter avec ses copains et d'être totalement libre. La pâte à tartiner de temps en temps, si j'ai perdu trois kilos parce que j'ai énormément dansé, je vais être très content de pouvoir en manger ! Tout est une question d'équilibre.    

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