Les soeurs Katia et Marielle Labèque : "Il n'y a pas de fusion totale sans travail et sans une énorme discipline"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, les sœurs et pianistes Katia et Marielle Labèque.

Les sœurs Marielle et Katia Labèque, pianistes connues dans le monde entier, se produisent en duo quasiment systématiquement depuis leurs débuts. Elles sortent un nouvel album, le 36e, intitulé Les enfants terribles d'après Jean Cocteau, adapté par le musicien et compositeur américain Philip Glass.

UMG (au nom de Universal Music Division Decca Records France)

franceinfo : Les enfants terribles soit 13 traits de vos caractères, j'ai l'impression que ce sont des caractères à la fois doux et bien trempés.

Katia Labèque : Très trempés ! L'histoire de Cocteau est terrifiante mais c'était une belle histoire et puis, on s'est trouvé par hasard confinées loin l'une de l'autre. Et à ce moment-là, on avait cette partition que Philip Glass nous avait envoyée et que son arrangeur avait faite spécialement pour nous et on s'est mises à la travailler.

C'est vrai qu'il y a deux âmes perdues, isolées dans un monde de création. Marielle, c'est difficile parce que vous avez toujours vécu ensemble toutes les deux ?

Marielle Labèque : Absolument. Et je crois que c'est la première fois de notre vie qu'on est séparées pendant deux mois. Moi, je me plaignais souvent de ne pas voir les saisons passer parce que c'est vrai qu'en fait notre vie normale, c'est un peu un confinement. Et finalement, ce confinement a presque été un déconfinement quelque part pour moi parce que tout d'un coup, j'ai vu un peu les saisons passer. Mais ce qu'il faudrait, c'est que les concerts repartent évidemment, on attend ça. C'est vrai que quand on regarde les news, ce n'est pas top mais il faut s'adapter.

Ça fait tellement longtemps que vous faites du piano toutes les deux, depuis que vous êtes hautes comme trois pommes.

Katia Labèque : On n'a pas fait du piano ensemble tout le temps mais j'ai commencé à jouer, j'avais trois ans et Marielle a commencé à jouer, elle en avait cinq.

Alors pour vous Katia, c'était vraiment une passion, une envie. Et pour vous Marielle, c'était plus compliqué au début.

Marielle Labèque : Oui, parce que c'est toujours pareil, moi, j'avais envie d'être dehors et je partais à la plage, on habitait Hendaye. Et Katia allait vraiment naturellement au piano, elle jouait. Avec ma mère, c'était impossible de résister parce que la musique faisait tellement partie de notre maison et de notre vie. Puis après, je l'ai entendu jouer son premier concert, elle avait sept ans.

Katia Labèque: On a décidé ensuite de jouer ensemble quand on est sorties du Conservatoire de Paris, Marielle avait 16 ans, j'en avais 18. C'était un désir d'être ensemble, mais on n'avait aucune idée du répertoire à deux pianos.

Je voudrais qu'on parle d'une première fois. Si je vous dis Dolly de Gabriel Fauré, ça vous rappelle apparemment de mauvais souvenirs.

Katia Labèque : Un cauchemar.

C'est la première fois que vous avez joué ensemble, vous aviez six et huit ans.

Katia Labèque : C'était le rêve de maman ! Elle était pianiste mais n'a jamais fait de carrière, elle était professeur de piano.

Elle ne voulait pas d'ailleurs, elle voulait donner et transmettre l'amour du piano.

Marielle Labèque : C'est vrai qu'elle a été un excellent professeur.

Katia Labèque : Elle était un professeur inné et puis franchement à l'époque, c'était très mal vu pour une jeune fille de faire une carrière. Et elle avait ce rêve que ses deux filles joueraient sur les scènes du monde entier à quatre mains.

Vous êtes en fusion totale l'une et l'autre. Katia, vous avez toujours veillé sur votre sœur ?

Katia Labèque : Oui, mais c'est un énorme travail. Je crois qu'il n'y a pas de fusion totale sans travail et sans une énorme discipline.

Marielle Labèque : Bien sûr que Katia le faisait parce que quand on est arrivées à Paris, j'étais très, très jeune. Elle veillait un peu sur moi, ça c'est sûr, on avait 12 et 14 ans quand même.

Vous jouez effectivement ensemble et c'est d'une précision absolue. Ça représente beaucoup de travail pour qu'on s'en rende compte ?

Katia Labèque : Enormément, le double du travail parce qu'il faut travailler autant séparément.

Marielle Labèque : C'est avant que ça ne devienne organique en fait, quand on respire ensemble, qu'on ne pense plus qu’à juste se regarder pour être ensemble. Il n'y a que le temps qui donne ça.

Est-ce que par moments vos mains doutent?

Katia Labèque : Mais évidemment, parce que ce que l'on fait faire à la main, ce n'est pas normal. L'avantage de cela, c'est qu'on n'a pas du tout d'arthrite mais en revanche, on a des tendons forcément fragiles à force de jouer. Donc, on fait attention mais en général, on n'aime pas trop en parler par superstition.

Dans votre carrière, il y a un incontournable. C'est quand vous avez décidé de revisiter la version instrumentale de West Side Story, ça vous a marquées ?

Katia Labèque : La rencontre avec Bernstein nous a marquées parce qu'on l'a rencontré dans les deux dernières années de sa vie et Bernstein avait demandé à son arrangeur qui était Irwin Kostal, l'arrangeur historique de West Side Story, de faire cet arrangement pour nous.

Pour terminer, Marielle vous pourriez me parler de Katia en quelques mots ?

Marielle Labèque : C'est impossible. Elle est mon moteur depuis des années. Déjà pour ce qu'elle a fait quand j'étais jeune, de me protéger, de veiller sur moi et prendre des décisions parce que moi je suis très indécise, c'est une chose dont je souffre vraiment énormément. Katia est très directe, elle court vers son risque, tout le temps, n'a peur de rien, fonce, s'adapte à toutes les situations, beaucoup plus que moi. Moi, je suis toujours un peu à la traîne derrière, je pense. Oui, on a besoin l'une de l'autre.

Katia Labèque : La même chose. Je dirais que l'image c'est que moi, je peux me jeter à l'eau sans savoir nager mais Marielle, non seulement elle va savoir nager, mais elle aura prévu le bateau, prévu la nourriture sur le bateau ! Donc on se rend compte à quel point elle est importante dans ma vie.    

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