"J'aime bien surprendre le lecteur" : Olivier Merle signe son premier polar avec "Dans l'ombre du loup"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l'écrivain Olivier Merle.

Olivier Merle cumule les casquettes: géologue, volcanologue, chercheur, universitaire, spécialiste de tectonique et écrivain. Il est aussi le fils de Robert Merle, écrivain émérite à qui l'on doit Week-end à Zuydcoote, prix Goncourt en 1949, mais aussi La mort est mon métier (1952) et surtout la fresque historique de 13 volumes Fortune de France (1977-2003).

Aujourd'hui, Olivier Merle publie Dans l'ombre du loup, aux éditions XO. C’est une enquête menée et portée à bout de bras par un officier de police, Hubert Grimm. Le point de départ, la venue dans son bureau d'un personnage influent, M.Kerdegat, cible d'un corbeau. Un jour, l'employée de maison de ce dernier découvre un cadavre en morceaux sur le pas de la porte, à qui il manque la tête.

Elodie Suigo : Dans l'ombre du loup est un roman et plus exactement un polar qui fait froid dans le dos. C'est haletant, il y a une vraie rythmique, on a l'impression que c'est un peu une partition de musique.

Olivier Merle : Je pense que c'est le genre qui veut ça, c'est-à-dire que si ce n'est pas haletant, un petit peu addictif, ce n'est pas la peine d'écrire des polars. Il faut qu'on soit pris dedans et qu'on ait envie de tourner les pages pour savoir ce qui se passe, ce qui va se passer et qui est le coupable !

Dans votre livre, il y a une vraie écriture cinématographique, le soin du détail, on a l'impression d'y être. Comment en êtes-vous venu à écrire ce genre de livre ?

C'est mon dixième roman et à vrai dire, c'est mon premier polar donc c'est la première fois que je me lance dans ce genre-là. J'avais envie de le faire depuis quatre, cinq ans. J'ai beaucoup hésité parce qu'évidemment quand on change de genre, il faut en connaître les codes, un peu découvrir et puis savoir si on est capable de le faire, on a toujours une hésitation. Donc j'ai hésité. Il y a trois, quatre ans, j'avais commencé à inventer une histoire dont j'ai repris des bribes d'ailleurs et puis finalement j'avais laissé tomber en me disant "peut-être que je ne suis pas assez mûr pour le faire". Et puis c'est venu progressivement et voilà, mon premier polar.

Il y a beaucoup de rebondissements dans cet ouvrage. Vous aimez jouer avec le lecteur ?

Oui ! J'aime bien le surprendre c'est-à-dire qu'il va suivre pas à pas l'enquête. Il va chercher et essayer de comprendre, finalement il est comme le commandant Hubert Grimm c'est-à-dire que face à la complexité, à la difficulté, il va forcément se fourvoyer et ça va être assez compliqué de trouver qui est le vrai coupable.

Au final, il y a une vraie vision de la famille qui est très importante. Je voudrais qu'on parle de votre famille. Quand on a comme père Robert Merle, est-ce que ça freine ? Car vous avez mis du temps. Vous avez choisi un métier qui était diamétralement opposé à celui que vous pratiquez aujourd'hui, même si vous continuez ces activités à côté.

Oui. Je dirais que c'est à double tranchant. Quand on est enfant et qu'on voit son père écrire, ça vous paraît finalement quelque chose de familier, de possible, de réalisable. Très jeune, j'ai commencé à écrire de mon côté. Je me souviens quand j'avais une dizaine d'années, on avait un Guignol avec des marionnettes et j'écrivais des petites pièces de théâtre. Et puis, à l'âge de 25 ans, ça m'a travaillé encore, j'ai écrit un roman que j'ai mis dans un tiroir et que j'ai jeté plus tard parce qu'il n'était pas bon. Ça a mis beaucoup de temps à venir.

Quand on a un père très connu et qui est écrivain, on se dit qu'on ne pourra jamais jouer dans la même cour.

Olivier Merle

à franceinfo

C'est assez délicat et difficile. De façon sans doute symptomatique, je n'ai publié mon premier roman qu'après sa mort, c'est-à-dire quand son regard n'était plus là. Il aurait peut-être beaucoup apprécié mes romans, je n'en sais rien mais c'est quand même assez difficile d'être le fils d'un écrivain et de devenir écrivain soi-même.

Il y a un rapport avec des sentiments aussi très exacerbés mais avec une énorme pudeur. On sent que ça fait partie de votre personnalité.

Bien sûr. C'est vrai que je suis un solitaire donc je ne m'ouvre pas très facilement. Je parle peu de moi. Là vous m'y forcez mais voilà, ce n'est pas dans mon caractère. Et pourtant comme tout le monde, je suis assailli de sentiments de toutes parts. On est que ça, nous les êtres humains.

Mes personnages ont des tas de sentiments, d'émotions que j'essaie de faire passer. D'ailleurs, c'est peut-être ma façon d'exprimer mes émotions c'est-à-dire par le roman plutôt qu'en discutant avec d'autres personnes.

Olivier Merle

à franceinfo

Il y a un peu de votre père dans cette écriture.

Oui. J'ai certainement été influencé par lui de ce côté-là.

Est-ce que le fait d'avoir reçu des prix a été comme une validation et de justement regarder là-haut en disant : "Voilà, je suis reconnu" ?

Oui, c'est important les prix. Ils ne produisent pas vraiment d'effet sur moi, sur l'écriture ni sur ma façon de penser et d'être. Mais c'est vrai que c'est une reconnaissance, c'est-à-dire que quelque part, il y a toujours au-dessus de moi cette ombre tutélaire qui est mon père. Si on me donne un prix, je me dis : "Voilà, j'existe par moi-même, je ne suis pas seulement un nom, j'ai aussi un prénom" et c'est important pour moi.

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