Gad Elmaleh : "Ce qui est important, c'est la sincérité avec laquelle on fait les choses"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, le comédien, humoriste et chanteur Gad Elmaleh.

Humoriste, comédien et réalisateur, Gad Elmaleh chante désormais. Ses spectacles de stand-up, ses personnages comme Chouchou et Coco ont eu un succès retentissant en France. Aujourd’hui il publie un premier album de chansons, hommage au grand et irremplaçable Claude Nougaro : Dansez sur moi - Nougaro.

Elodie Suigo : Votre album s'intitule Dansez sur moi - Nougaro. Une déclaration d'amour inconditionnel au chanteur toulousain qui a bercé votre enfance. Il y a une certaine nostalgie mais il y a surtout une joie de vivre qui est incommensurable.

Gad Elmaleh : Je ne sais pas. Il y a beaucoup de mélancolie aussi, pas de la tristesse mais ça m'a plongé dans des moments de réflexion, de mélancolie et de poésie qui ont donné naissance à cet album mais 30, 40 ans plus tard puisque la musique, c'est quelque chose que je voulais faire quand j'étais gamin. J'ai écouté la première fois Nougaro sur un vinyle qui était chez mon oncle. Pourquoi ? Parce que lui, il avait les moyens d'avoir un tourne-disque et pas nous et donc on allait chez lui pour écouter de la musique.

Vous aviez six ans.

Six ans. Et comme toutes les choses qui nous marquent, qui nous frappent, on ne sait pas les expliquer.

Quand on a appris que vous alliez sortir un album, il y a eu une appréhension mais c'est logique parce que pour nous vous êtes un humoriste, un acteur et en même temps, c'est tellement évident, c'est juste, on sent la rigueur.

D'abord, je ne suis pas contre ces appréhensions-là, je pense qu'elles sont humaines, logiques. Ce qui est important, c'est la sincérité avec laquelle on fait les choses. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas attendu, puisque c'est assez organique, c'est le prolongement de ce que je suis, cet album. Je ne voulais pas faire un album, mais j'ai toujours chanté, j'ai toujours joué de la musique, je suis un pianiste de jazz médiocre et un chanteur qui chante juste. Vraiment, je sais où j'en suis.

Dans cet album, vous rendez aussi hommage aux autres. Quand je parlais de déclaration d'amour à la joie de vivre, c'est ça, c'est une transmission aussi.

Complètement. La première fois que j'ai rencontré Hélène Nougaro, la femme de Claude Nougaro, elle m'a parlé de lui et il y avait quelque chose de très présent, de très joyeux et elle m'a communiqué ça. Elle m'a donné non pas une autorisation mais une forme de bénédiction quelque part. Et je parle de ça parce que c'est important d'être adoubé, accepté par ceux qui l'ont entouré. De la même manière que quand j'ai joué pour la première fois les chansons, il y avait Cécile Nougaro. J'étais tétanisé parce que là ça va chercher dans la pudeur, dans la réserve. J'étais très, très gêné mais bon, je portais le projet donc j'avais besoin de le faire.

UMG (au nom de Universal Music Division Decca Records France); UMPI et 1 sociétés de gestion des droits musicaux

C'est la première fois qu'on vous sent aussi nu. Il y a un lâcher-prise qui est incroyable, on sent qu'il ne pouvait arriver que maintenant.

Oui complètement. C'est bien une des seules fois dans ma carrière où je suis très peu soucieux de, non pas des critiques mais c'est-à-dire que je suis entier avec ce projet. Cet album, c'est ce que je suis, ce que j'ai décidé donc voilà, c'est mon projet, c'est mon bébé et ce n'est pas important que ça plaise ou pas. C'est bien que ça plaise parce qu'on fait ça pour ça et moi, je fais ce métier pour le public mais c'est important que ça existe en tout cas.

Dans la chanson Tu verras, il y a : "Tu l'auras ta maison avec ses tuiles bleues". Vous rêviez à quoi petit garçon ?

Pour être tout à fait honnête, je crois que l'idée de la réussite a été présente très tôt chez moi et peut être aussi fort que l'envie de m'exprimer et de devenir artiste. Je n'ai jamais renié, boudé, pas accepté ou pas assumé l'envie de réussite mais au sens de ma réussite même sociale. Être accepté, être regardé bien par les autres, plaire, je pense que c'est à ça que je rêvais quand j'étais petit.

À cinq ans, vous montiez sur scène avec votre papa qui était mime. Vos premiers pas vous les faites avec celui qui vous a donné la vie. Quel rapport avez-vous entretenu avec lui ? Que vous a-t-il transmis ?

Il m'a transmis sans me donner et sans me montrer qu'il était en train de me donner. Je disais souvent quand j'étais petit : "Je comprends tout mais il ne faut pas qu'on m'explique". Donc je suis dans le ressenti, à l'école je ressens les choses et quand mon père était sur scène, il n'avait pas besoin de me dire : "Regarde fiston comment on fait pour mimer quelqu'un qui est accoudé à un bar", j'avais tout simplement besoin de regarder mon père et son regard était un peu dans la transmission puisqu'il me le montrait avec les yeux mais il ne m'expliquait pas. Il y avait la pudeur, on ne se parlait pas.

Et votre mère dans tout ça ?

Ma mère, elle parle pour deux, elle dit tout, elle pense. J'ai l'impression que c'est le corps et l'esprit, mon père m'a transmis la gestuelle, le body language et ma mère, elle est dans l'esprit.

L'humour, c'est aussi un moyen de se cacher un peu, non ?

C'est parfois un masque, c'est plus un langage pour moi. Ce n'est pas une manière de se cacher, non, c'est un langage pour combattre les souffrances, la pudeur, certaines injustices, certaines colères. Mais dans la vie aussi, c'est-à-dire que l'humour devient un langage pour moi. J'étais très timide étant gamin, aujourd'hui, je suis plutôt réservé et pudique, je ne suis pas dans la démonstration permanente, je n'aime pas l'idée que le comique fait le show en permanence. Mais l'humour est un langage pour moi.

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