"Faire de cet héritage quelque chose d'utile pour soi et les autres" : Charles Bonaparte publie "La liberté Bonaparte"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, Charles Bonaparte, descendant de Napoléon 1er.

Charles Bonaparte est né Charles Napoléon, mais a changé son nom pour prendre celui de Bonaparte. Pour lui, c'est la famille Bonaparte qui représente la Corse, les racines de la Révolution française qui lui sont chères. Il est descendant du frère cadet de Napoléon, Jérôme, la dernière branche vivante des Bonaparte. Pour résumer, le grand-père de son père était Jérôme Bonaparte, le plus jeune frère de Napoléon 1er, roi de Westphalie. Il publie La liberté Bonaparte aux éditions Grasset. 

franceinfo : Votre un ouvrage parle de liberté mais surtout du fait que, sans rejeter l'histoire familiale ni son héritage moral, vous avez exercé votre droit d'inventaire, un acte nécessaire pour vous.

Charles Bonaparte : On ne vit bien avec son héritage que lorsqu'on en a fait l'inventaire, c'est-à-dire lorsqu'on en a fait le tour. C'est à partir de ce moment-là que l'on devient réellement propriétaire de cet héritage et que l'on peut en faire quelque chose d'utile pour soi et pour les autres.

Vous avez déjà écrit sur Napoléon Bonaparte, c'est vraiment le cœur de votre travail, de votre quête. C'est la première fois que l'on vous découvre vraiment. Il y avait un besoin de vous raconter, de poser des mots sur ce qui fait mal depuis très longtemps ?

Je me suis efforcé de faire un lien entre mon propre parcours et cette histoire. Napoléon est un personnage extrêmement important dans l'histoire de France et celle de l'Europe mais il est aussi extrêmement, incroyablement présent dans l'histoire d'une famille et donc il pèse de tout son poids sur les générations et en particulier la mienne.

J'ai tenté d'expliquer aux lecteurs comment j'ai pu concilier mon propre développement avec ce mythe qu'est Napoléon.

Charles Bonaparte

à franceinfo

Ça vous a fait du bien d'écrire ? Parce qu'il y a des blessures assassines. Très clairement, vous vous êtes brouillé avec votre père à cause de votre mère. Ça a été dur pour vous ?

Il n'était plus possible d'assurer mon propre développement dans un contexte familial qui était quand même très orienté vers le passé. Cette rupture est intervenue aux alentours de mai 68 donc assez tôt, j'avais à l'époque 18 ans puisque je suis né en 1950.

Vous avez participé à Mai 68, c'était déjà un sacrilège !

Ça n'a pas été très bien perçu en effet. J'ai vécu cette rupture comme l'acceptation de la vie et je suis parti de chez moi sans aucun regret. J'ai considéré que c'était indispensable pour que je puisse me construire. Ça n'a jamais été difficile mais les conséquences ont été beaucoup plus compliquées parce que j'ai dû mener ma vie, seul, la construire par moi-même.

Quand votre père est décédé, vous étiez là. Il vous a dit qu'il vous suivait dans vos idées, dans votre parcours, qu'il était à vos côtés. Ça vous a fait du bien ?

J'ai eu beaucoup de compassion pour lui parce que ce qu'il me disait à la veille de disparaître, c'est qu'au fond il n'avait pas réussi à être vraiment lui-même dans cette vie.

Vous racontez dans cet ouvrage que le frère cadet de Napoléon va lui reprocher de s'écarter des idéaux révolutionnaires, que votre grand-père, le prince Napoléon, dira à peu près la même chose à son cousin Napoléon III. Quant à Marie Bonaparte, une arrière-petite-nièce, elle est disciple de Freud et fondatrice de la psychanalyse en France. Charles-Joseph Bonaparte, lui, on le sait, va créer le FBI auprès du président américain Roosevelt. Ils ont toutes et tous un point commun : la liberté de pensée et la liberté d'agir.

C'est ce que j'ai cherché à retrouver. J'ai cherché à me raccrocher à la façon de faire de cette famille et cela s'explique par le fait qu'ils ont fait leur carrière en partant quasiment de rien. Napoléon a montré l'exemple de l'exercice de cette liberté de choix, politiques, personnels, en se démarquant de sa famille pour faire sa propre carrière et pour exercer son propre destin.

Nous sommes face à des défis considérables qui nécessitent que les responsables politiques prennent des décisions nouvelles avec des principes nouveaux.

Charles Bonaparte

à franceinfo

Vous travaillez beaucoup dans le sens de l'intérêt collectif. Vous dites qu'il y avait une vraie contradiction chez Napoléon Bonaparte entre ses aspirations à la modernité avec tout le processus de la Révolution et ses côtés réactionnaires comme le retour à l'Ancien Régime, le rétablissement de l'esclavage ou l'instauration d'une nouvelle dynastie. Finalement, ce qui vous intéresse depuis le début, c'est la force morale de cet homme parti de rien et son aspiration au progrès.

C'est un homme de progrès parce que la France du tournant du XIXème siècle est une France profondément troublée par dix ans de révolution. La situation est chaotique dans un pays qui a perdu ses institutions et qui n'en a pas créé de nouvelles. Et donc, cet homme met en place un État moderne, il le réorganise en prenant le meilleur de ce qu'avait fait la Révolution. Ce que j'en tire, c'est que c'est un homme de progrès parce qu'il a su faire fi des traditions, du conservatisme et prendre des risques pour créer de toute pièce une situation nouvelle. Je ne suis pas du tout bonapartiste et ne préconise pas du tout qu'on revienne à un État napoléonien, pas du tout.

À chaque fois qu'un journaliste vous reçoit, il se pose toujours la question de savoir comment on vous présente. Comment vous présentez-vous et qui êtes-vous ?

Un homme qui est engagé sur le chemin de sa propre réalisation et qui cherche au fond à utiliser ce patrimoine du mieux qu'il peut pour lui-même et pour les autres. Un homme qui est engagé sur le chemin de la liberté.

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