Daniel Picouly : l’écriture, "une liberté inimaginable"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’écrivain, animateur de télévision et scénariste de bande dessinée Daniel Picouly pour son nouveau roman "Longtemps je me suis couché de bonheur" aux éditions Albin Michel.

Dans ce nouvel ouvrage Longtemps je me suis couché de bonheur, Daniel Picouly raconte l’histoire d’un adolescent qui se plonge dans l’œuvre de Marcel Proust pour impressionner une certaine Albertine. D’où le titre proche de la phrase "Longtemps je me suis couché de bonne heure" que l’on retrouve dans le livre Du côté de chez Swann (1913). Cette plongée dans l’univers proustien lui permet de développer un monde imaginaire, peuplé de personnages issus de son quotidien avec pour objectif de devenir un autre Proust.

Je ne peux pas imaginer qu’on puisse rendre compte d’un moment et particulièrement un moment de sa vie sans l’embellir, et les romanciers sont assez doués pour ça et moi je le suis depuis tout petit

Daniel Picouly

à franceinfo

Daniel Picouly reconnaît donc que ce roman est bien entendu très  autobiographique et explique qu’il a compris très tôt quelle place l’écriture prendrait dans sa vie. Notamment à l’école, lorsqu’il relate les parties de pêches de son père dans ses rédactions : "Quand je racontais une partie pêche de mon père, j’exagérais encore plus que lui. Mon père avait pêché une quantité de choses phénoménale et on me mettait une très bonne note. Donc, on a validé depuis que je suis tout petit que le mensonge, ça peut apporter des bonnes notes".

Il confie à Elodie Suigo que c’est parce qu’il est de petite taille adolescent qu’il faut qu’il trouve comment se démarquer des autres : "À 15 ans, j’étais un porte-clef. Avec les mots, je me grandis. On me regarde quand je parle". C’est à Orly qu’il habite, dans une cité surnommée Chicago et qui devient la Cité Proust dès qu’il fait la connaissance du personnage d’Albertine. Sur cette base, chacun de ses protagonistes sera un mélange entre son réel et son imaginaire comme le faisait Proust en transformant un personnage pour qu’il devienne "intéressant" : "Il arrive avec cette société de gens qui sont un peu étroits d’esprit, qui sont mesquins, qui disent du mal et avec ça, il vous donne envie de voir les gens qui sont autour de vous".

Daniel Picouly admet que dans la vie de Proust il n’y a rien "d’extraordinaire" mais qu’en le lisant, en particulier À la recherche du temps perdu (7 tomes, 1906-1922), il a compris que l’important: c’est ce qu’il allait vivre et de quelle manière le restituer avec des mots pour "fabriquer du réel en temps réel ".

Il raconte au micro d’Elodie Suigo, cette rencontre avec Albertine qui lit Proust et qui l’émerveille tout en lui donnant un petit complexe d’infériorité qui le motive à faire pareil pour être au même niveau, non sans difficultés : "Proust ! tu lis Proust à ton âge !! J’ai dit : Quoi quoi cette merdeuse elle peut lire Proust et pas moi ! Et Proust a d’abord été un défi parce que je ne comprenais rien, je passais mon temps dans le dictionnaire et j’avais beaucoup de mal, je cherchais les virgules, les points comme tout le monde. Mais je me suis entêté. Quand je voulais arrêter, je me disais : 'Attends Daniel, toi pendant que tu arrêtes, la petite crâneuse, elle, elle continue'."

Moi, je pense que j’ai lu pour de très mauvaises raisons. Quelques fois, le titre me plaisait, l’auteur me plaisait, la couverture me plaisait. Moi, je n’achetais que des livres de poche que j’allais chercher au débarras, au marché, je n’avais aucun point de repère

Daniel Picouly

à franceinfo

"La liberté, l’antichambre du bonheur"

Plus surprenant, cet amour de l’écriture, Daniel Picouly le doit aussi peut-être à ses 2 dernières petites sœurs, Maryse et Martine, qu’il doit accompagner à l’école. 11ème d’une fratrie de 13 enfants avec "bonheur", il explique qu’à 10 ans, il ne peut pas se débarrasser d’elles. Pour lui c’est la honte : "On se cache, tous les copains se moquent de vous, on ne peut pas jouer au foot, on ne peut pas échanger, on ne peut pas se bagarrer, on ne peut pas draguer, rien". Pour se libérer de cette obligation et après avoir fait le constat que : "Les filles, ça aime les histoires", il en invente pour elles, en échange de quoi, elles terminent le chemin vers les bancs de l’école sans lui : "Et moi, je suis libre".

L’écriture ça fabrique des histoires mais surtout de la liberté

Daniel Picouly

à franceinfo

Daniel Picouly confie que l’écriture, par rapport à son origine, à son milieu, lui a donné "une liberté inimaginable" : "Quand vous découvrez très très tôt que l’histoire n’est qu’un moyen pour accéder à quelque chose de dingue qui s’appelle la liberté, qui est quand même l’antichambre du bonheur, ben oui vous êtes dans le bon appartement, hein ! "

Pour conclure, ce fils d’ouvrier n’omet pas de dire qu’avant tout, il a été chéri par les siens et ça, ça n’a pas de prix et ça se transmet : "J’ai été aimé au-delà du raisonnable par mes parents et par tous les gens qui m’ont entouré et je dois rendre cela. J’aimerais bien être une sorte de banque centrale où je peux distribuer tout le bonheur qu’on m’a donné et croyez-moi, il m’en reste à donner ".

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