"Chemins de liberté" : une autobiographie et un coffret signés Yves Duteil

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l'auteur, compositeur et interprète Yves Duteil.

Chanteur, auteur, compositeur et interprète, Yves Duteil a aussi été le maire de la commune de Précy-sur-Marne, chère au cœur de Barbara. Auteur de "la plus belle chanson du XXe siècle", titre décerné par le public à Prendre un enfant, il publie une autobiographie et un coffret réunissant 75 chansons pour marquer ses 50 ans de carrière, un ensemble qui s'intitule Chemins de liberté aux Éditions de l'Archipel.

franceinfo : Quel regard avez-vous sur ces 50 ans ?

Yves Duteil : Ému car je me revois au début avec mon carnet, ma guitare. Jamais je n'aurais pensé que 50 ans plus tard, je serais encore aussi passionné, aussi amoureux de mon métier, aussi avide de rencontres avec le public et avec autant de rencontres extraordinaires.

Ce livre démarre sur une déclaration d'amour à celle qui partage votre vie, Noëlle. Elle a toujours été un soutien !

Quand Noëlle, ma femme, est entrée dans ma vie, c'est comme si elle avait allumé la lumière.

Yves Duteil

à franceinfo

Je me suis éveillé à des choses que je ne soupçonnais pas. Et je dois dire que je n'aurais jamais écrit les mêmes choses si je ne l'avais pas rencontrée. On n'aurait jamais eu cette vie indépendante, autonome, cette soif de liberté...

Quand on parcourt cet ouvrage, il y a cette déclaration d'amour et une autre, celle à votre famille plus largement, je pense au capitaine Dreyfus. C'est vraiment une énorme partie de votre vie, cette chanson Dreyfus vous colle à la peau.

Je crois que j'ai découvert à travers cette histoire de Dreyfus, qu'on pouvait hériter d'une certaine mission, d'une forme de génétique un peu mystérieuse, même quand il n'y a pas un lien de sang direct, puisque la femme d'Alfred Dreyfus, Lucie, était la sœur de ma grand-mère paternelle. Malgré tout, j'ai ressenti très tôt cette soif de justice, ce besoin de vérité absolue qui me vient, je le sens de lui. Je crois qu'il l'a écrit, mais il n'a pas écrit pour la gloire.

Louis Dreyfus a écrit pour qu'on se souvienne de ce qu'il avait vécu. C'est pour la noblesse de ce combat que j'ai essayé d'écrire à partir du moment où j'ai pris conscience que je pouvais avoir un rôle à jouer dans le fait de perpétuer la mémoire de son innocence.

Yves Duteil

à franceinfo

Comment gérez-vous vos débuts de carrière avec la sortie de votre premier titre Virages en 1972 ?

Par chance, ça a duré un certain temps et ça m'a permis d'apprendre mon métier. Ça n'a pas marché tout de suite. Ce premier 45 tours a reçu un succès d'estime parce qu'on n'a pas vendu beaucoup de disques, mais je suis quand même resté au hit-parade pendant plusieurs semaines. Je suis passé un peu sous les radars tout en apprenant et quand le succès est arrivé comme un boulet de canon avec l'album Tarentelle (1977) avec Prendre un enfant, je crois que j'étais prêt.

On s'était rencontrés avec Noëlle et on avait construit notre vie et on se disait à l'époque : "si ça ne marche pas, on fera une pépinière, on plantera des fleurs, des pommes de terre." On n'était pas non plus avides de ce succès. Quand il est arrivé, j'avoue que c'était tellement inattendu, tellement énorme, que l'on n'a pas changé de vie. Elle a été comme la quille du bateau, la stabilisation au milieu de la tempête.

Lorsque Prendre un enfant a été sacrée "Plus belle chanson du vingtième siècle" par le public en 1988, vous dites : "Elle symbolisait un engagement dont je n'avais pas appréhendé l'importance. Faire l'apologie de la douceur peut être le combat d'une vie". C'est la base de votre vie ?

Oui. cela a agi comme un révélateur. À partir du moment où on vous dit que vous êtes l'auteur qui a écrit la plus belle chanson du vingtième siècle, c'est un choc. Vous vous dites, mais pourquoi pas Souchon ? Pourquoi pas Julien Clerc ? Pourquoi pas Barbara, Brel, Piaf, Trenet, Brassens ? Je passais devant tous ces gens-là. Imaginez ce qu'on peut ressentir quand on a l'âge que j'avais à ce moment-là !

Ça a été un vrai traumatisme et j'ai mis du temps à m'en remettre et j'ai fini par émerger en me disant "mais tout ce que je décris dans ces chansons jusqu'à maintenant, est-ce que je suis l'homme de ça ?" Et quand un engagement est passé à portée de main, je l'ai attrapé et suis passé à l'acte. C'est là que je me suis vraiment engagé dans l'existence comme un citoyen responsable, en me disant que cette notoriété que le public vient de me donner, je vais essayer de la mettre à son service et de lui renvoyer la lumière qu'il a dirigé sur moi comme si j'étais un miroir et pas simplement un trou noir dans l'espace qui absorbe la lumière.

Quelle place occupe Prendre un enfant dans votre vie alors ?

C'est elle qui m'a permis de rencontrer le grand public. C'est un des arbres remarquables que j'ai eu la chance d'avoir dans ma forêt et donc les fruits qu'il apporte sont toujours innombrables : Joan Baez chante cette chanson, puis, elle devient la chanson du combat pour la défense des enfants, des marches blanches pendant l'affaire Dutroux en Belgique. Elle sera aussi chantée à Beyrouth après l'attentat contre la force d'interposition française.

C'est comme si la douceur venait en soin de la douleur, c'est ça que représente cette chanson. Je suis devenu malgré moi un militant de la douceur.

Yves Duteil

à franceinfo

Comment vous définissez-vous ?

Dans ce qui compte le plus pour moi, je crois que c'est la création artistique et j'aime bien quand les Québécois vous disent que vous êtes un chanteur-poète.

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