"Ces murs épais", le joli hommage de Jane Birkin à sa fille Kate

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Toute cette semaine, Jane Birkin est l’invitée exceptionnelle du monde d’Elodie. Un tête-à-tête en cinq chansons. Aujourd’hui, un dernier titre : "Ces murs épais".

Actrice et chanteuse britannique, Jane Birkin passe cette semaine avec nous sur franceinfo. Pendant cinq jours, on revient sur son parcours avec une chanson marquante de sa carrière. Pour ce dernier jour, on parle de son dernier album Oh pardon tu dormais... issu de sa pièce de théâtre du même nom. Produit et composé par Jean-Louis Piérot et Etienne Daho, Jane Birkin a choisi une chanson, celle du chagrin et du deuil : Ces murs épais.

franceinfo : Je voudrais qu'on parle de la chanson Ces murs épais qui est évidemment un regard sur votre fille Kate, disparue très, très brutalement.

Jane Birkin : Oui. C'est sur les convenances des cimetières et d'aller déposer des fleurs. Maintenant, quand je regarde un fleuriste, ma tête est au cimetière. Qu'est-ce que je pourrais emmener ? Des chrysanthèmes parce que c'est presque la date de sa mort. L'été, quelles fleurs ? Il y a si peu de fleurs en été, au printemps. Ça teinte tout, un deuil, tout le monde le sait. Alors je vais au cimetière et le gardien est un chou parce qu'il dort sur place, il dit qu'il va veiller. Il va veiller sur trois personnes maintenant. Mes visites sont très, très rapides parce que dès que vous regardez les tombes, vous pensez à ce qui se passe en-dessous et c'est intolérable.
Cette chanson est là-dessus et Etienne me comprenait parfaitement. C'est lui qui a trouvé le titre Ces murs épais, mais ce sont des baisers de lierre.

Que gardez-vous de Kate ?

Quand elle était photographe, être prise par elle, tu savais que son regard était bienveillant. Quand j'ai été si malade, elle était là en permanence, sa main dans la mienne comme je le faisais quand elle n'était pas bien.

Kate était une personne d'une douceur absolue et qui portait son regard vers les autres.

Jane Brirkin

à franceinfo

Elle avait tellement peur pour moi et se souciait tant pour Charlotte ! D'ailleurs, c'est elle qui a sauvé Charlotte lors de sa rupture d'anévrisme. Elle a eu la présence d'esprit de lui dire de faire une IRM. Ce n'est pas moi qui ai traîné Charlotte pour voir un médecin généraliste, qui lui ai dit qu'elle avait juste mal à la tête. Non, c'est Kate.

Dans son regard sur les photos, il y a une tendresse absolue et une blessure.

Jane Birkin

à franceinfo

C'est difficile de ne pas en faire un ange parce qu'elle était si violente, si troublée comme adolescente, on a eu des bagarres. De cette époque adolescente, j'en garde maintenant ses folies et ses excentricités que je ne trouve pas ailleurs.

Quel est votre regard sur la mort ?

Mes grands-parents vivaient loin, donc ce n'était pas un chagrin immédiat parce qu'on était par la pensée avec nos parents, tout d'un coup, orphelins. Après, la mort de nos parents est vraiment très traumatisante, tout le monde le sait. C'est une horreur. D'un coup, on avance tout seul et on n'a plus ce réconfort-là, le coup de téléphone ne viendra plus. Parfois, il y a des morts scandaleuses et mon frère l'a vécu avant moi. Son fils est mort à 20 ans dans un accident de voiture. Tous les musiciens ont été tués, ils avaient tous 20 ans.

D'être témoin du chagrin de quelqu'un d'autre, c'est ce qu'il y a de pire parce que c'est abominable de voir quelqu'un à genoux devant son enfant. Ce n'est pas imaginable. Moi aussi, j'ai imaginé ma mort tant de fois. Elle a été si près. Et après, je m'en voulais beaucoup d'avoir dit à mes proches que j'étais foutue parce que j'ai vu que leurs yeux étaient imbibés de larmes. Je n'avais pas le droit de dire ça, de leur faire peur comme ça. En plus, ça ne s'est pas fait. Être la première, c'est vrai que c'est ce qu'on souhaite toujours.

Kate est partie il y a sept ans. Ce que souhaitait faire Etienne Daho avec cet album et ce titre, c'était d'aller chercher ce sourire que vous aviez enfoui, votre humour aussi. Sa présence vous a-t-elle permis de sortir les mots, d'aller chercher du positif ?

C'était un tel plaisir de retrouver Etienne Daho, de travailler ensemble et de trouver les mots. Cette complicité était tellement douce.

Jane Birkin

à franceinfo

C'était comme être sur une merveilleuse locomotive ou un dragon qui vous porte, vous emmène, un fantasme. Et quand je regarde en arrière maintenant, je n'ai pas le sentiment que nous avons travaillé. J'étais dans un moment de grâce avec lui, absolue, et je l'ai retrouvé avec son exigence. Il ne laisse rien passer et cela me touche terriblement, le fait qu'il a passé autant de temps avec moi, pour moi, pour me montrer son ambition.

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