Béatrice Denaes, née Bruno : le 13 février 2019 est "ma nouvelle naissance"

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’invitée est la journaliste indépendante Béatrice Denaes, née Bruno, elle publie : "Ce corps n’était pas le mien" chez First Editions. Le récit bouleversant de sa transition.

Béatrice Denaes, 64 ans, a exercé toute sa carrière dans le journalisme et principalement à la Maison de la Radio comme journaliste, rédacteur en chef, secrétaire général puis médiateur des antennes. Ce corps n’était pas le mien est l’aboutissement d’un long chemin parcouru avant la possibilité d’être enfin elle-même, une femme.

Je me suis rendu compte finalement très jeune qu’il y avait un truc qui ne collait pas avec moi, avec mon corps. Mon esprit a toujours considéré que j’étais une fille, une femme.

Béatrice Denaes

à franceinfo

Pendant 60 ans, Béatrice est restée Bruno. À la lecture de son livre, sa souffrance est palpable. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? "C’est certainement un manque de courage", répond Béatrice Denaes. Il lui fallait du temps pour comprendre cette différence intérieure, puis l'accepter. "Je n’ai jamais su ce que j’avais en fait. Pourquoi je ressentais le fait qu’il y avait une inadéquation entre mon esprit et mon corps ? C’est là que je me suis dit : 'Je ne peux pas continuer ma vie éternellement dans un corps qui n’est pas le bon, avec cette souffrance'," explique-t-elle.

Elle a, à cette époque, régulièrement envie de tout plaquer mais ses responsabilités professionnelles ainsi que le regard des autres la figent : "Je me disais : 'Tout le monde va se foutre de moi, c’est inconcevable, ce n'est pas possible'." 

L'aveu

Béatrice souffre en silence au travail mais aussi à la maison puisqu’elle est mariée à Christine, avec qui elle a deux enfants et à qui elle avoue ce mal-être, il y a seulement 7 ans. "Je comprends qu’elle m'ait dit que son monde s’écroulait. Jusqu’au moment où elle m’a lancé: 'Mais alors, qu’est-ce qu’on va devenir ?'" : Béatrice prend cette réaction comme une forme d’acceptation, d’ouverture au dialogue et voit une séparation, redoutée, s’éloigner.

On forme un couple bizarre, notre forme d’amour a évolué. Mais il n’empêche qu’on est, comme elle dit, deux copines. Souvent elle parle d’épreuve d’amour.

Béatrice Denaes

à franceinfo

Leurs deux enfants ont soutenu sa démarche, son changement d’identité et en grand-mère épanouie, elle ne cache pas sa joie de s’occuper de ses petits-enfants. Mais avant d’être elle-même, elle a dû passer par de nombreuses étapes pour sa réassignation sexuelle. Un moment douloureux, ce dont son livre témoigne. Ce n’est pas une petite décision que de changer de sexe, c’est de la souffrance physique pour avoir un nouveau corps. Une longue convalescence pour découvrir enfin, submergée par l’émotion, ce nouveau corps tant rêvé, et pour elle le 13 février 2019 marque "ma nouvelle naissance".

Dans son livre, Ce corps n’était pas le mien, elle nous laisse méditer sur une citation d’Albert Camus : "Être différent n'est ni une bonne ni une mauvaise chose, cela signifie que vous êtes suffisamment courageux pour être vous-même", un message d’espoir pour celles et ceux qui n’osent pas être, tout simplement, qui ils sont. Béatrice est enfin heureuse et la joyeuse grand-mère espère qu’elle pourra vivre assez longtemps "ce bonheur".

Vous êtes à nouveau en ligne