Annick Cojean à propos de Simone Veil : "Elle était féminine, féministe et ne s’en cachait guère"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’invitée est Annick Cojean, journaliste grand reporter au journal "Le Monde". Elle publie avec Xavier Bétaucourt et Etienne Oburie une BD biographique "Simone Veil ou la force d’une femme" (Steinkis Editions).

Annick Cojean rend hommage à toutes les femmes du monde à travers cet ouvrage consacré à Simone Veil et ce, sous une forme originale puisqu’il s’agit d’une bande dessinée : "Cette femme incroyable que beaucoup ont eu l’occasion de rencontrer pour ses différentes activités".

Elle incarnait la lutte pour les femmes, elle incarnait aussi l’espoir européen, la solidarité entre les gens, entre les peuples, la réconciliation.

Annick Cojean

à franceinfo

Annick Cojean raconte que Simone Veil incarne aussi  "toute une génération de femmes à qui on n’a pas beaucoup rendu hommage, qui ont essayé d’être vaillantes, vivantes et qui faisaient encore partie de cette génération de femmes assez écrasées et très victimes du patriarcat". "C’est beaucoup ma mère avec qui j’avais une histoire personnelle très forte puis les autres femmes, puisqu’elle était féminine, elle était féministe et ne s’en cachait guère".

Simone Veil, une femme politique authentique

Annick Cojean évoque le regard vert opale très profond de Simone Veil : "Ce regard clair faisait qu’on y plongeait, cette transparence exigeait de nous également de nous une sorte de transparence. On ne mentait pas à Simone Veil, ce n’était pas la peine de feindre, elle n’était dupe de rien, surtout pas des apparences. Elle n’était jamais dans le charme, dans la séduction ni dans la communication (…) C’était des mots qui ne lui parlaient pas. Elle était réellement authentique".

C’est en 1974 qu’Annick Cojean la découvre à la télévision lorsque Simone Veil défend la loi sur l’interruption volontaire de grossesse en tant que ministre de la Santé à l’Assemblée Nationale : "Je la voyais imposante, grave. De savoir qu’elle avait du courage, que ce n’était pas facile, qu’à l’Assemblée nationale il n’y avait quasiment que des hommes. Elle parlait devant un aréopage de costumes-cravates".

Elle, avec son chignon très droit, ce ton si solennel, elle a pu les convaincre. Ça a été très compliqué, elle a été insultée, conspuée, elle a eu les pires humiliations et elle tenait droit dans ses bottes.

Annick Cojean

à franceinfo

Simone Veil incitait les femmes à se battre pour exister et disait que : "les femmes, je le crois, sont spontanément solidaires. Alors il faut qu’elles s’unissent pour faire progresser leurs droits, leurs libertés, leurs visibilités. Il faut qu’elles s’épaulent, s’encouragent, se mobilisent, elles peuvent changer le monde" et Annick Cojean d’ajouter que cette idée de sororité plus forte que la fraternité si elle est cultivée, permettrait d’accéder à cette fameuse parité : "Toute seule, c’est difficile de changer les choses".

Simone Veil, la première présidente de l’Europe

Annick Cojean rappelle que c’est Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981, qui l’a soutenue dans ce combat puis orientée vers l’Europe. C’est ainsi que Simone Veil devient la première présidente du Parlement européen, élue au suffrage universel en 1979 : "Quelle belle incarnation de l’espoir européen après ce qu’elle avait vécu ! Déportée, juive, pas pour des faits de résistance, avec sa mère et sa sœur. Son père et son petit frère également ont été déportés". Un parcours qui sonne comme une évidence pour Annick Cojean qui parle de ce passé douloureux dont Simone Veil a fait une force : "Elle est rentrée des camps défaite, ne sachant pas comment reconstruire son avenir et puis elle a reconstruit".

Son histoire nous oblige, son courage interpelle, cette Européenne debout au regard si clair a besoin de relais.

Annick Cojean

à franceinfo

Après la disparition de Simone Veil, Annick Cojean confie à Elodie Suigo que ce qu’il nous reste d’elle c’est "ce goût de la liberté, cette conscience d’une nécessité de nous souvenir de l’histoire. Elle était viscéralement attachée aux valeurs de la République et de la liberté". Et aussi, la nécessité de cultiver l’héritage qu’est le féminisme, l’égalité entre les femmes et les hommes et surtout de dire les choses : "Ne laissons rien passer. On est témoin d’une injustice, d’un dérapage de langage etc… Non, il ne faut pas s’écraser, on se tient droit et on le dit très fort".

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