"La Garçonnière", d'Hélène Grémillon

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De 1976 à 1983, l'Argentine a connu une dictature féroce. A partir de ces événements, Hélène Grémillon a écrit don deuxième roman. Un polar amoureux, qui s'inspire d'une histoire vraie. 

Extrait : 

Lisandra était entrée dans la pièce les yeux rougis, gonflés
d'avoir trop pleuré, titubante de chagrin, les seuls mots qu'elle avait prononcés étaient : " il
ne m'aime plus ", elle les avait répétés inlassablement, comme si son cerveau s'était arrêté, comme
si sa bouche ne pouvait plus rien proférer d'autre, " il ne m'aime plus ", " Lisandra je ne t'aime plus
", avait-elle soudain articulé comme si ses mots à lui sortaient de sa bouche à elle, apprenant ainsi
son prénom, j'en profitai pour m'immiscer dans sa tétanie,

  • Lisandra. Qui ne vous aime plus ?

C'est la première phrase que je lui aie dite, parce que " cessez
de pleurer ", " racontez-moi " n'étaient pas des injonctions qu'elle aurait pu entendre,
elle s'était arrêtée net, comme si elle me découvrait à l'instant, elle n'avait pas bougé pour autant,
elle était restée le dos voûté par le chagrin, la tête rentrée dans les épaules, ses mains glissées, coincées
entre ses jambes croisées, mais comme ma phrase avait fait son effet, je me risquai à la répéter
de nouveau, plus doucement, en la regardantdans les yeux, ses yeux qui, cette fois, me regardaient,

  • Qui ne vous aime plus ?

J'avais craint que ces mots ne provoquent l'effet inverse et
qu'ils ne la replongent dans sa torpeur de larmes, mais il n'en fut rien, Lisandra a hoché la tête
et a murmuré " Ignacio ", " Ignacio ne m'aime plus ", elle s'était arrêtée de pleurer, elle ne s'était
pas excusée, habituellement tout le monde s'excuse après avoir pleuré, ou bien en pleurant, un reste
d'orgueil malgré le chagrin, mais elle n'en avait pas ou elle n'en avait plus, désormais un peu plus
calme dans son pull bleu, elle me parla de lui, de cet homme qui ne l'aimait plus, voilà comment j'ai
rencontré Lisandra, c'était il y a sept ans. Lisandra était belle, étrangement belle, et cela ne tenait
ni à la couleur de ses yeux, ni à celle de ses cheveux, ni à sa peau, elle avait la beauté enfantine, non
dans ses formes qui étaient si féminines, mais dans son regard, dans ses gestes, dans ses moues traquées
par la douleur, dans cette femme je l'ai su tout de suite, l'enfant n'était pas mort, j'étais stupéfait
par sa manière d'aimer, au-delà de l'amour qu'elle portait à cet homme, c'était une amoureuse, elle
aimait l'amour, je l'écoutais, il paraissait si merveilleux l'homme qu'elle aimait tant,

  • Arrêtez de me parler de lui, Lisandra, parlez-moi de vous.
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