Éric Deschodt : "Pour Clémenceau"

Georges Clémenceau a été appelé le Père la Victoire pendant la guerre de 14-18. Mais, quatre-vingt-cinq ans après sa disparition, celui qu’on surnommait le Tigre, en raison de sa méchanceté à l'égard de ses ennemis, demeure méconnu. Dans son nouveau livre l’écrivain et journaliste Éric Deschodt brosse un portrait passionné de ce farouche républicain, ami des artistes.

Historiens et politiques à part, Clemenceau n'est plus guère qu'un nom dans la mémoire générale. On sait vaguement qu'il fut le «Père la Victoire» de la Grande Guerre commencée il y a cent ans. On ne sait pas qu'il fut l'âme de la République entre 1871 et 1922. La Justice, la République et la Patrie, inséparables et fusionnelles, confondues en vérité, furent ses trois obsessions. Il les servit avec une persévérance invincible et un désintéressement stupéfiant. N'ayant de cesse que de continuer la Révolution, il annonça le gaullisme. Se situant naturellement au-dessus des partis.

Condamnant les violences de la Commune, il demande l'amnistie pour les Communards. Soutien fervent de la loi Waldeck-Rousseau qui institua les syndicats, il fit arrêter les meneurs de la CGT, quand elle lui parut menacer l'intérêt général. Il fut d'un anticolonialisme résolu et chercha contre les revanchards aveugles à s'entendre avec l'Allemagne de Guillaume II. Orateur redoutable, jamais il ne se payait de mots. Il eut une conscience aiguë des faiblesses de l'armée à la veille de la Grande Guerre, qu'il redouta de tout son coeur et soutint de toutes ses forces. Avec ça, passionné d'art, il vécut parmi les peintres, les musiciens et les écrivains. Manet fit de lui un portrait admirable. On l'avait surnommé «le Tigre», sous-entendant qu'il était impitoyable avec ses adversaires. Or il avait un coeur d'or - l'infanterie de la République en fut le principal témoin en 1917 et 1918.

Vous êtes à nouveau en ligne