« A l’ abri de rien », d’Olivier Adam

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Une femme confrontée à la souffrance des migrants de Sangate. C'est le thème d'un des romans les plus forts de cette rentrée, "A l'abri de rien", signé Olivier Adam. Un livre qui figure sur les listes des grands prix de fin d'année et en tête des meilleures ventes.

_ « A l’ abri de rien », d’Olivier Adam est publié aux éditions de L’Olivier (219p., 18E)

Note de l'éditeur

_ Marie se sent perdue. Son mari, ses enfants sont le dernier fil qui la relie à la vie. Ce fragile équilibre est bouleversé le jour où elle rencontre les kosovars, ces réfugiés dont nul ne se soucie et qui errent, abandonnés, aux confins de la ville. Négligeant sa famille, Marie décide de leur porter secours.
Et de tout leur donner : nourriture, vêtements, temps, argent, elle ne garde rien pour elle. Entraînée par une force irrésistible, elle s’expose à tous les dangers, y compris celui d’y laisser sa peau.

_ Avec ce roman, Olivier Adam nous rappelle que la violence qui frappe les plus faibles est l’affaire de chacun. Et trace le portrait inoubliable d’une femme dépassée par la force de ses sentiments.

_ Extrait :

"Le vacarme de la pluie sur le toit a redoublé et la mer ont ne l’entendait plus qu’à peine. Je suis sortie de la voiture, j’ai marché un moment, l’eau me coulait sur la peau, dans le cour, sous les paupières, perçait mes vêtements comme du papier et me mouillait jusqu’aux os. J’ai enlevé mes chaussures. Mes pieds s’enfonçaient dans le sable livide et étrangement tiède. Autour de moi tout était flou, tout n’était plus qu’apparitions, des formes liquides diffractées par la lumière et la pluie, j’ai eu la sensation de me fondre dans quelque chose d’indistinct. J’ai continué jusqu’à la mer. Elle était moins glacée que je ne l’aurai cru. Au loin voguait un bateau, une ombre noire qui se balançait, une loupiote verte et malmenée par les flots. J’ai relevé ma robe, une vague est venue me mordre les chevilles, j’ai pris un peu d’eau dans ma paume, je m’en suis aspergé le visage. Cette odeur de sel et d’algues, ça m’a comme lavée.
Dans mon dos, ça s’est mis à gueuler. Des hommes, aussi des chiens. Je suis sortie de l’eau et près des chalets, des lumières bougeaient dans tous les sens, éclairaient le sable, le bois des parois, et des visages tordus. J’ai senti qu je tremblais, j’ignorais si c’était de peur ou de froid. J’ai fait quelques pas et je les ai vus, des types en uniforme et leurs chiens lâchés, des armes luisantes à leur ceintures, astiquées. Dans le crépitement des talkies ils hurlaient et s’agitaient, braquaient leurs lampes sur trois réfugiés hagards, serrés comme des gosses à l’intérieur. De leurs mains ceux-là tentaient de se protéger le visage, sur le moment j’ai cru que c’étaient des lampes qui les aveuglaient. A coups de poing de croisse de matraques, les flics les ont sortis de là, et les chies se sont jetés sur leurs mollets. Ils les ont traînés par les bras, les pieds, les cheveux. J’ai vus leurs dos et leurs ventres frotter contre le bois. Et le bruit sourd des coups sur leurs corps, le raclement de leurs os sur le plancher, le choc de leurs crânes sur les marches j’entends tout encore, il suffit que je ferme les yeux et je revois tout, je me tenais là pétrifiée effarée les yeux écarquillés et la bouche ouverte. J’ai dû laisser échapper un cri. Un des flics s’est retourné et m’a collé sa torche dans les yeux.
Qu’est-ce que tu fais là, toi ? il a gueulé. T’as rien à faire ici… Allez casse-toi poufiasse…"

Vous êtes à nouveau en ligne