Retour sur les moments forts du festival de Cannes, en attendant le palmarès

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Ce dimanche soir à Cannes un homme ou une femme sera la personne la plus heureuse au monde avec en main la 69ème Palme d’or du festival. Cette année la Croisette a été gâtée avec de très bons films mais elle a aussi été sidérée par des échecs retentissants. Retour sur une quinzaine très contrastée.

Cannes 2016 c’est un cru étonnant, un grand écart stylistique, un match cinéma du réel contre esthètes remporté par les premiers. Les égos conséquents de Xavier Dolan et Nicolas Winding Refn ont atteint une limite. Si Juste la fin du monde a montré que le Québécois allait vers encore plus de lyrisme sans perdre ses fans, The Neon Demon a fini de décevoir ceux qui avaient adoré Drive en 2011, Cannes est aussi un bûcher des vanités.

 

La quinzaine avait débuté dans un étonnant phénomène de groupe, cathartique, Tony Erdmann de Maren Ade, trois heures de délire d’un père qui veut reconquérir sa fille coincée, a fait chavirer le festival. Pour être honnête, ce film qu’on dit palmable peut-être trop vite n’a pas que des supporters, Pierre Murat de Télérama l’a carrément détesté.

"C'est la plus belle hallucination collective que j'ai vue à Cannes depuis des années. Des gens les plus divers se sont pâmés devant un film que je trouve risible, grossier et nul.

Au rayon des films clivants il y a les français Mal de pierres  de Nicole Garcia, The Personal Shopper d’Olivier Assayas et Ma Loute de Bruno Dumont. Trois films français sur les quatre en lice, c’est beaucoup. Seul Rester vertical d’Alain Guiraudie a été salué pour son audace.

Philippines, Brésil, Roumanie...

Et puis il y a un bataillon serré, sérieux, de réalisateurs qui ont fait du réel leur terrain de jeu, comme le Philippin Brillante Mendoza, le Brésilien Kleber Mendonça et les Roumains, Cristi Puiu et Cristian Mungiu. On le sait, quand la Palme va à ce genre de films c’est un coup de projecteur énorme et vital pour un cinéma qui court en permanence derrière les financements et dont les auteurs sont parfois en situation très délicate face à des pouvoirs politiques qui sortent leur revolver quand ils entendent le mot culture. C’est pourquoi si l’Iranien Asghar Farhadi obtenait la palme pour Le Client,  remarquable thriller qui dit énormément sur la société iranienne dans un deuxième niveau de langage, ce serait pour lui un immense bonheur, mais pas seulement.

"Je sais qu'à chaque fois que je remporte un prix, je me fais beaucoup d'amis, je me fais aussi immanquablement des ennemis."

Enfin, à défaut de citer tout le monde, retenons les objets parfaitement livrés sur la Croisette que sont Loving de Jeff Nichols et Paterson de Jim Jarmush. Jeff Nichols, 37 ans, cinq films, cinq bijoux, traite de la ségrégation raciale aux Etats-Unis dans les années 50 sans jamais montrer la violence, tout en retenu. C’est renouveler le classicisme avec une puissance rare. Quand à Jim Jarmush, à 63 ans, son désir d’épure, de sobriété, pour dire tel un bouddhiste la beauté du quotidien et l’impermanence de nos petites existences, nous a éblouis.

Le best-of

A l'inverse, qui aurait pu imaginer que Sean Penn tombe aussi bas avec The Last Face ? Son navet mélo-humanitaire a au moins un mérite, une réplique culte dès la sortie de la première projection, prononcée par Jean Reno : "It is not grabbing, it is loving ." Traduction : "Ce n'est pas choper, c'est aimer. "

Quitter Cannes, c’est laisser dans le rétroviseur des tonnes de souvenirs, des nuits de fêtes pour les chanceux, des kilomètres d’interview pour les autres. Dernière carte postale sonore (à écouter dans la version audio)  avec au générique, dans l’ordre d’apparition dans le poste, Alain Guiraudie, Vanessa Paradis, Joachim Lafosse, Paul Vecchiali, Valeria Bruni Tedeschi, Golshifteh Farahani et la participation amicale de Yann Bertrand et Jérôme Chelius. Tous nos remerciements à Jean Reno et Sean Penn. Ils se reconnaîtront.

Le best-off du festival concocté par Thierry Fiorile
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