Le journal de Cannes. Premières sensations et Juliette Binoche en amoureuse éperdue

Des enfants qui fuguent dans "Wonderstruck"  et "Faute d'amour" et une rencontre entre le cinéma et la littérature : Thierry Fiorile présente le Journal du Festival international du film de Cannes 2017. 

"Wondertstruck", un mélodrame autour de la fugue de deux enfants

Deux ans après Carol, l'idylle interdite entre deux femmes dans l'Amérique des années 50, le réalisateur américain Todd Haynes était de retour sur la Croisette ce jeudi 18 mai pour défendre WonderstruckTodd Haynes est un habitué de Cannes, il aime y venir avec de belles images, de belles histoires et de belles sonorités. Wonderstruck est l'adaptation d'un roman graphique de Brian Selznick, auteur d'Hugo Cabret.

Le film réunit deux histoires qui convergent vers une fin mélodramatique aux accents hollywoodiens. Celles de deux enfants, une fille et un garçon, qui ont un point commun, la surdité. Deux époques : les années 20 et 70, du noir et blanc muet face aux sons et couleurs funky des seventies et des allers-retours entre les deux univers.

Au bout de ce récit, New York, destination de ces pré-ados habités par un besoin de fuir. Todd Haynes est dans le conte, il maîtrise les codes du genre mais il aurait pu se passer du surligneur. Cela dit, dans les détails, son cinéma fait mouche, comme lorsqu'il s'agit de faire le lien entre ces deux époques. "Toute la structure du film est basée sur un langage de points-contrepoints : l'optimisme et le potentiel des années 1920, New-York en pleine expansion juste avant le krach de 1929. Et dans les années 1970, la ville en décadence, en dépression", précise Todd Haynes. "Et puis il y a au contraire le langage où l'on dessine, en parallèle, les actions des enfants qui sont sur le même parcours. Donc c'est leur prorpre isolation, leur sentiment de solitude dans le monde qui est comme un lien entre les deux époques".

"Faute d'amour", le portrait d'une Russie déshumanisée

La première sensastion forte de la compétition vient de Russie. Trois ans après Léviathan, Andrey Zvyagintsev signe un nouveau portrait, sans concession, de son pays, en crise : Faute d'amour. Que dire d'une société si futile et matérialiste qu'elle détruit l'amour parental ? Dans Faute d'amour, même lorsqu'il ne neige pas, le spectateur est glacé. Un garçon de 12 ans disparaît alors que ses parents, en plein divorce, se déchirent. Il faut ce drame pour réveiller leurs sentiments, quoi que, le doute subsiste, leur égotisme crève l'écran et les images ultra léchées soulignent ce vide moral.

Andrey Zvyagintsev montre comment la perte de sens dans son pays pénètre l'individu. Un film, comme une gifle, qu'il évoque avec une métaphore. "J'ai reçu une actrice qui était venue passer le casting. Je lui ai donné le scénario qu'elle a lu dans la nuit. Le lendemain elle revient avec le visage marqué – je ne sais pas si elle en faisait trop pour avoir le rôle ou pas. Elle m'explique qu'elle a été extrêmement touchée par le film et qu'en finissant le scénario, elle l'a jeté sur la table, et foncé dans la chambre de sa fille de 3 ans pour la prendre dans ses bras et lui dire 'pardonne-moi', en larmes. J'aimerai que les spectateurs, en voyant ce film, éprouvent le même sentiment, qu'ils prennent les gens qu'ils aiment dans leurs bras, et leur demandent pardon." 

Juliette Binoche en quête désespérée de l'amour vrai

La Quinzaine des réalisateurs s’est ouverte jeudi avec un film attendu, celui de Claire Denis, Un Beau Soleil intérieur. La réalisatrice offre chacun de ses plans à Juliette Binoche, une femme éperdument amoureuse, souvent perdue tout court, et qui enchaîne les conquêtes et les déceptions.

Co-scénariste du film, la romancière Christine Angot a écrit des mots d’amour, de rejet, parfois drôles, parfois pathétiques et vains, avec cette impression, à travers le personnage de Juliette Binoche, que nommer les choses, et notamment les émotions, c’est déjà un peu les gâcher.

Dans la catégorie Un certain regard, c'est Barbara, film sur l'icône de la chanson française réalisé par Mathieu Amalric, avec Jeanne Balibar dans le rôle titre, qui a ouvert les festivités. Une réussite.

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