Le journal de Cannes. Ozon, Loznitsa, Safdie, trois esthétiques de la violence

À deux jours de la fin du festival, coup de projecteur sur "L'Amant double", dernier film français en compétition, et les derniers prétendants au palmarès "Une femme douce" et "Good Time".

L'Amant double, thriller sophistiqué de François Ozon

Dernier film français en compétition L’Amant double de François Ozon, un thriller psychologique avec Marine Vacth et Jérémie Renier, sorti cette semaine en salles.


Une jeune femme dépressive tombe amoureuse de son psychanaliste, qui, sous des airs très polissés, cache un secret familial. François Ozon adapte très librement un roman de Joyce Carol Oates, l'Américaine qui dissèque les comportements humains au scalpel. Le réalisateur a francisé le propos, modifié l'épilogue, la gémellité, les séances de psy, les fantasmes de double vie. Il s'essaie brillamment au film de genre en confiant à ses acteurs le soin de transmettre des émotions plus fortes que l'histoire elle-même.

Jérémie Renier prouve une de fois plus qu'il aime tout faire. Quant à Marine Vacth, c'est François Ozon qui en parle le mieux. "Elle ne ressemble pas aux autres actrices françaises parce qu'elle prend son temps, explique François Ozon. Quand je l'ai rencontré elle n'était pas sûre de vouloir être actrice, je l'ai vu grandir, se transformer, devenir femme et j'ai eu envie de retravailler avec elle pour lui proposer quelque chose d'assez diffférent de ce qu'elle est dans la vie mais en même temps qui lui permette d'exprimer toute sa violence potentielle (...) elle était ravie parce qu'elle sentait qu'elle allait pouvoir explorer des choses qu'elle n'avait encore jamais exploré au cinéma".

Une femme douce, plongée dans une Russie sinistre

De Faute d’amour d’Andrey Zvyagintsev, en début du Festival,  à Une femme douce de Sergeï Loznitsa, la déliquescence des rapports humains en Russie aura marqué ce 70e Festival de Cannes. 


Mais si Zvyagintsev, qui est Russe, ancre son récit dans l’époque actuelle, Loznitsa qui est Ukrainien, et qui ne vit plus en Russie depuis plus de quinze ans, choisit l’art de la parabole. Une femme douce donne pour seul repère temporel l’après Union Soviétique et la référence floue à une guerre qui menace la mère patrie.

Une femme dont le mari est en prison reçoit le colis qu’elle lui avait envoyé avec pour seule explication : non conforme au règlement. Obstinée, elle fait le long voyage vers la ville carcérale où se trouve son homme, un univers rempli de personnages picaresques, violents, grotesques, où règne l’arbitraire. Sergeï Loznitsa filme lentement, comme dans un western et termine avec un tableau très théâtral qui évoque Fellini. "Pour révéler l'opposition entre l'individu et l'arbirtraire, j'ai eu besoin d'utiliser des procédés tels que le grotesque et l'hyperbole"  explique le réalisateur  " et pour illustrer ce qu'elle ressent je suis passée par l'oniririsme (...) il est évident que le grand cinéma est fait dans les pays où il y a une grande littérature. Oui, il y a des références à Dostoïevski ou Gogol. Et si vous entendez parler de ce pays comme d'un endroit où règne l'arbitraire et l'injustice, vous retrouvez des échos dans ce film."

Good Time, Robert Pattinson méconnaissable dans le thriller des frères Safdie

Les frères Safdie sont de jeunes New-Yorkais très en vue dans le cinéma indépendant américain. En venant en compétition à Cannes avec Robert Pattinson dans Good Time, ils franchissent un cap.

L’exercice est réussi, même si le thème choisi n’a rien d’original : deux frères - le beau gosse et l’attardé mental - un braquage qui tourne mal, et un street moovie nocturne suvitaminé en temps réel. Joshua Safdie et son frère Ben, qui est à l’écran, filment une course effrénée pour la survie. Le spectateur a l'impression d'entrer dans l’intimité de ces fuyards, qu'habituellement il voit à la télévision, filmés du haut d’un hélicoptère.

Les Safdie biberonnés aux films de Tarantino mêlent violence de survie et humanité. Robert Pattinson, lui, poursuit sa mue. C'est la troisième fois que l'acteur vient à Cannes. Amateur de cinéma d’auteur, il sera bientôt à l'affiche des films d'Olivier Assayas et de Claire Denis. "Je ne fais des films que pour aller à Cannes! (...) Cannes c'est le cinéma comme j'aimerai qu'il soit, pour moi c'est comme jouer en Premier League, c'est un processus de sélection unique. Je n'ai jamais pensé que je pouvais être un acteur lorsque j'ai débuté et j'ai fait plein de choses que je pensais impossible. Mon prochain film sera avec Claire Denis, c'était ma réalisatrice préférée quand j'étais adolescent, c'est dingue !"

La bande originale de Good Time est signée Iggy Pop et Oneohtrix Point Never.

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