Le journal de Cannes. Deux comédies dans la compétition et le retour de Claude Lanzmann

Michel Hazanavicius, Noah Baumbach et Claude Lanzmann : Thierry Fiorile présente le Journal du Festival international du film de Cannes 2017. 

Le Redoutable, sans complexe

Après le choc 120 battements par minute, la tension est descendue sur la Croisette. Telle est la vie du festivalier qui alterne les émotions… Le Redoutable s’affiche sans complexe comme une comédie, Michel Hazanavicius prouvant largement qu’il a su renouveler le genre : son film se regarde comme on feuillette une bande-dessinée, aux couleurs vives des années 1960. A quelques mois de l’embrasement de mai 68, Jean-Luc Godard est en pleine crise existentielle et c’est au contact des existentialistes, entre autres, qu’il décrète, déclame, que son cinéma "c’est de la merde". La révolution, selon lui, doit aussi se faire sur pellicule. Sa vie de couple avec Anne Wiazemsky en fera les frais : Godard maoïste est encore plus imbuvable que Godard tout court. Des barricades parisiennes à l’annulation du festival de Cannes 68, Le Redoutable se moque gentiment d’une époque et d’un génial acariâtre. Le film n’est en rien blasphématoire, et a tendance à tourner en rond. Peut-être arrive-t-il trop tard… Louis Garrel y est un Jean-Luc Godard de performance qui défend le principe de la comédie sur un mythe vivant. 

The Meyerowitz stories, efficace 

Noah Baumbach, lui, est arrivé à Cannes avec un film estampillé comédie sentimentale sur une famille dysfonctionnelle. La communication des productions américaines a l’efficacité de ce qu’elle promeut : TheMeyerowitz stories raconte, une fois de plus, les relations complexes entre un vieux père artiste raté et ses enfants de mariages différents. L’exercice n’ayant rien de neuf, inutile d’en rappeler les ressorts, la ville de New-York et le casting font très bien le job : le couple Dustin Hoffman en old man et Emma Thompson en épouse alcoolique fonctionne parfaitement et les deux acteurs évoquent volontiers l’incontournable égoïsme des artistes, l’un des thèmes du film. 

Napalm, quelques heures d’amour à Pyongyang 

Puis, l'intime, et la Grande Histoire, tous les deux liés chez Claude Lanzmann. C'est encore plus vrai, peut-être, dans Napalm, présenté dimanche hors compétition. Le réalisateur de 91 ans y raconte une brève rencontre qui a marqué sa vie. C'était en 1958, à Pyongyang juste après la fin de la guerre de Corée. Parmi les premiers Occidentaux invités dans le pays, il avait partagé des moments de douceur et de tendresse avec une jeune infirmière de l'hôpital de la Croix-Rouge locale... 60 ans plus tard, il est retourné filmer dans la ville la plus fermée au monde, sans autorisation... Les rues vides, les monuments à la gloire du régime, et Claude Lanzmann qui raconte l'histoire d'un amour de quelques heures.

 

Vous êtes à nouveau en ligne