Le cinéma social couronné à Cannes

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Une deuxième Palme d’or pour Ken Loach et son "Moi, Daniel Blake", deux prix pour "Le Client" d’Asghar Farhadi, le Grand prix pour Xavier Dolan qui continue sa marche vers le sommet de Cannes… Un palmarès à l’image de la quinzaine, surprenant et contrasté.

Dix ans après Le vent se lève , Ken Loach entre dans le club très fermé des double-palmés. Le jury n’a pas résisté à la tentation de décerner une palme politique plus qu’artistique. Un choix d’autant plus étrange que donner la récompense suprême à Asghar Farhadi aurait eu beaucoup plus de retentissement, mais l’Iranien ne repart pas bredouille. C’est donc la colère que Ken Loach exprime de film en film contre le néo-libéralisme en Grande-Bretagne qui est saluée cette année encore avec la Palme d'or attribuée à son Moi, Daniel Blake .

"Merci à Cannes. Parce que le Festival est très important pour le futur du cinéma ", a déclaré le réalisateur britannique à la remise de sa récompense.  Et il s’est souvenu des gens qui l’ont inspiré, "ceux qui trouvent à manger pour ceux qui, sinon, auraient faim... dans la cinquième puissance de la planète ".

 

Avec le Prix du meilleur scénario et le Prix d’interprétation masculine pour son acteur Shahab Hosseini, Le Client,  d'Asghar Farhadi, prouve qu’il est un grand film, parfaitement écrit, mis en scène et interprété. La violence de ce personnage a priori au-dessus de tout soupçon, les non-dits de cette histoire de vengeance, où le spectateur n’apprend qu’à la fin ce qu’a subi la femme de cet homme, cette maîtrise du sous-entendu en dit beaucoup sur la société iranienne avec laquelle le réalisateur compose en permanence pour éviter la censure et des ennuis plus graves.

"J’ai déjà l’expérience d’être retourné dans mon pays avec un Oscar, avec un Golden Globe, avec un César, je jubile intérieurement ce soir parce que je sais qu’en Iran ces pris sont reçus comme des pris donnés au peuple iranien et que c’est un soir de fête  nationale" - Asghar Farhadi

Des émotions à l'état pur

Des moments de pure joie il y’en a eu dans cette cérémonie. La Philippine Jaclyn Jose qui reçoit le Prix d’interprétation féminine pour Ma’Rosa de Brillante Mendoza se passe presque de traduction. Celle qui est cette mère courage, dealeuse des bas-fonds de Manille, dont les enfants vont arpenter la ville pour trouver l’argent de la corruption qui rendra la liberté à leurs parents, n’en revient pas.

 

"Je ne sais pas quoi dire. Je suis tellement surprise ", a déclaré Jaclyn Jose, des larmes de joie dans la voix, elle qui pensait venir simplement pour monter les marches avec sa fille, qui est aussi sa fille dans le film.

 

On reste dans l’émotion pure, même si elle a oublié de faire court, Houda Benyamina, Caméra d’or pour Divines, film de filles, de banlieue, d’énergie pure, la sensation de la quinzaine des réalisateurs, dont elle salue à sa manière Edouard Waintrop, le directeur.

"Cannes nous appartient, Cannes est à nous aussi. Mille visages… On est là… On est là, c’est possible ! A Edouard Waintrop, je vais le dire, t’as du clito " - Houda Benyamina

 

"Tout ce que l'on fait dans la vie, on le fait pour être aimé" -   Xavier Dolan, Grand prix du jury 

Plus posés, les deux réalisateurs qui se partagent le Prix de la mise en scène, Olivier Assayas et Cristian Mungiu. Rien à voir entre Personal Shopper , son histoire de deuil, de fantômes, et Baccalauréat , histoire père-fille et de corruption en Roumanie, mais un lien évident, du pur cinéma d’auteur.

"C’est peu dire que je suis très ému. C’est la première fois que je monte sur cette scène pour recevoir un prix, le plus beau prix, et que je partage avec un cinéaste que j’admire depuis longtemps, Cristian Mungiu. C’est vraiment très touchant pour moi" - Olivier Assayas

 

Andrea Arnold obtient le Prix du jury pour American Honey, son road movie chez les white trash, la jeunesse blanche américaine en perte de repères.

 

Le Prix du jury, lui l’a eu en 2014 pour Mommy . Il espérait la Palme d’or, il devra encore patienter. Avec le Grand prix 2016, Xavier Dolan et son Juste la fin du monde , c’est de l’émotion, encore de l’émotion.

"J’ai tenté au mieux d’extraire un film puis de raconter l’histoire et les émotions de personnages parfois méchants, parfois criards, mais surtout blessés et qui vivent comme tant d’entre nous, de mères, de frères, de sœurs dans la peur, dans le manque de confiance, dans l’incertitude d’être aimé. Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé, moi en tout cas oui, pour être accepté" - Xavier Dolan

 

Bye bye Cannes, à l’année prochaine, sur la musique du mépris de Godard, affiche de cette 69ème édition. On oublie les méprises s’il y en a eu, on attend des nouvelles prises, des histoires, des actrices, des acteurs, du cinéma, encore du cinéma.

 

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