Jarmusch, Nichols, Almodovar : de l'amour et de la simplicité

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Beaucoup d’amour à Cannes mardi. En soirée, ce soir ce sera le retour de Pedro Almodovar avec "Julieta" qu’ont précédé Jim Jarmusch et Jeff Nichols avec deux films qui ont ému la Croisette : de l’amour et de la simplicité.

La phrase du jour c’est "moins, c’est plus" mais ça sonne mieux en anglais : "less is more."

Jim Jarmusch en poète subtil

Eloge du minimalisme au sixième jour de la compétition, faire simple c’est le plus compliqué disait Miles Davis... Jim Jarmusch, 63 ans, douze films au compteur dont un bon nombre devenus cultes, a fait une offrande à Cannes : "Paterson" est un film simple sur des gens simples, un petit bijou de cinéma et une leçon de vie.

Paterson, c’est une ville moyenne du New Jersey aux Etats Unis, où un être moyen, Paterson, conduit des bus, écrit des poèmes et aime, simplement, Laura. Le duo Adam Driver-Golshifteh Farahani fait de la banalité, du temps passé, de l’éphémère, du quotidien, une œuvre d’art, aidés par Marvin, un bulldog facétieux. Jim Jarmusch est dans l’épure, son film se passe d’un lundi à un dimanche, son duo fonctionne à merveille, lui est taiseux, elle volubile. Il a soigné ses seconds rôles, son humour imprévisible, au service d’une poésie qui fait du bien et qui a beaucoup touché Golshifteh Farahani.

"Jim (Jarmusch) voit les choses autrement. La façon dont il regarde le monde est très raffinée. Il est très sensible, il n'a pas besoin de trop, il a besoin de moins. Au cinéma, on ajoute de la 3D, de la technologie… lui, il enlève et dans cette simplicité, il a un truc extraordinaire. Et c'est beau."
— Golshifteh Farahani

"Loving" : fresque historique sans mélo

Jeff Nichols a non seulement réussi à émouvoir dans le même registre, mais en plus, il partait avec un handicap. Loving  est un film historique, qui met en lumière le destin tragique de Richard et Mildred Loving, couple mixte des années 50 en Virginie. Lui est blanc, elle métisse, noire et indienne. Leur seul tort : s’aimer et s’être mariés dans un Etat voisin. Entre 1958 et 1967 quand la Cour suprême condamne l’Etat de Virginie, autant raciste à l’époque que les Etats du Sud, ils vont subir, sans jamais se plaindre, un épisode méconnu de la ségrégation raciale. Arrêtés, interdits de séjour chez eux, s’ils ont porté le combat en justice c’est parce que le mouvement des droits civiques a fait de leurs cas un symbole. Jamais ce couple magnifique n’a été militant, ils s’aimaient, c’est tout.

Des films sur ce thème il y’en a eu des dizaines et le piège était de tomber dans le pathos sur fonds historique. Mais Jeff Nichols a fait de la pudeur une arme artistique, Joel Edgerton, qui incarne Richard Loving, donne une leçon de jeu tout en retenue. A ses côtés Ruth Negga, l’épouse de Richard, rayonne de la beauté des justes. Jeff Nichols voulait être à la hauteur du destin de ce couple.

"C'est mon style, vous savez, ces évènements historiques ont une telle puissance émotionnelle que cela pourrait tomber dans le mélodrame, mais je ne pense pas que ça aurait été représentatif de ce qu'étaient Richard Loving et Mildred Loving. Tous les gens m'ont dit qu'ils n'ont jamais polémiqué, ils s'aimaient profondément. Ce qui pour un réalisateur est compliqué, car il n'y a pas de conflit."
— Jeff Nichols

Et de la poésie en France

A la semaine de la critique, Jean-Christophe Meurisse signe son premier long-métrage. Le metteur en scène de la compagnie de théâtre Les Chiens de Navarre, présente "apnée" un objet cinématographique qui se situe entre Jules et Jim , Godard, Bertrand Blier, en donnant des clins d’œil à Fellini et Pasolini, tout en assumant une part potache pas toujours de bon goût mais terriblement drôle. Un trio puéril et poétique défie la France contemporaine, va semer le trouble dans l’ordre établi, s’invite dans une famille comme s’ils en étaient les enfants et débarque dans un stage de préparation aux entretiens d’embauche.