Festival de Cannes : la comédie déjantée "Ma Loute" de Bruno Dumont divise la critique

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Ce soir, c’est un monstre sacré du cinéma qui montera les marches à Cannes, Steven Spielberg présente hors compétition "Le Bon Gros Géant", adaptation du roman de Roald Dahl. Mais d'abord retour aujourd'hui sur deux films français très différents, "Ma Loute" de Bruno Dumont et "L’Économie du couple" de Joachim Lafosse, et sur le très attendu "Neruda" du chilien Pablo Larrain.

Il y a les pour et les contre, les pro et les anti Ma Loute

Bruno Dumont a longtemps été considéré comme un cinéaste estampillé social, depuis la série P'tit Quinquin. il a mis de l’humour dans sa recette qui elle, reste la même : le nord de la France, les rapports de classe et une bonne dose d’acteurs amateurs. En compétition avec un film burlesque, une farce il avait une obligation : répondre aux critères du film de genre.

Ce qui marche, c’est l’image, très soignée : sur une côte du Nord au début du XXe siècle, une famille bourgeoise, incestueuse et ridicule prend ses quartiers d’été et côtoie des cht’is joués par des amateurs. Accent à couper à la hache, sympas mais cannibales. Pour Bruno Dumont l’exercice est bien plus complexe que pour un drame.

"Comme il faut grossir, il faut soigner le cadre, le son, l’acteur, je n'ai jamais autant  travaillé que sur un film comique...Je demande aux acteurs de déformer leur jeu, de se donner une outrance, et cette outrance, il faut la construire. "

Surjouer est un art

Fabrice Luchini, Valeria Bruni Tedeschi et Juliette Binoche en font des caisses, normal, mais il y a dans Ma Loute un côté pièce de boulevard poussive, et surtout un manque de rythme, un tempo raté, dommage…

*L’Économie du couple* ou la fin de l'amour

A la Quinzaine des Réalisateurs, dans un registre qui n’a rien à voir, Joachim Lafosse lui, a rempli son contrat : s’inscrire dans un autre film de genre : la crise du couple.

L’Économie du couple avec Bérénice Béjo et Cédric Kahn, magnétique à l’écran, c’est, 50 ans après Qui a peur de Virginia Woolf , une version très contemporaine de la fin de l’amour.

Ici c’est l’argent qui pourrit tout, parce que Boris est fauché, un peu feignant aussi, il reste dans la maison de Marie quand elle demande le divorce. Avec leurs deux filles au milieu de cette guerre, ce huis-clos devient un enfer, et ce film a une vertu exutoire terrible pour le public, qui d’une manière ou d’une autre s’identifie aux personnages, ce qui ravit Joachim Lafosse.

"C’est un symptôme, mais derrière ce symptôme, il y  les causes qui sont mille fois plus complexes que la question monétaire, je crois qu’il y a surtout l’envie d’être reconnu pour ce que l’on a fait. Parler d’un film, c’est toujours parler de nous, sans dire que c’est nous, c’est pour ça que moi j’adore le cinéma... "

Neruda , un antibiopic sur le célèbre poète

Toujours à la Quinzaine des Réalisateurs, les mots de Pablo Neruda ont résonné hier, avec la projection de Neruda , un film de Pablo Larrain.

Le cinéaste chilien voulait absolument éviter de réaliser un biopic sur son compatriote ; il s'est focalisé sur l'après Seconde Guerre mondiale, quand le gouvernement de Videla en a fait un traître, lui le poète renommé et militant communiste.

C'est le comédien Luis Gnecco qui l’incarne, tandis que Gaël Garcia Bernal joue le policier chargé de traquer Neruda. L'acteur mexicain avait en tête deux facettes du personnage.

"C’est un personnage très important pour moi, pour les poèmes d’amour qu’il a écrits quand il avait 20 ans,  mais il y a aussi les poèmes de résistance sur le monde tel qu’il se construisait au XXe siècle après la guerre. "