Almodovar, Assayas : honneur aux actrices "farouchement libres"

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Le jury a désormais vu tous les films français. Le dernier montré en compétition, "Personal shopper" d’Olivier Assayas mélange les genres et les avis. Un autre grand monsieur du cinéma, Pedro Almodovar est venu sur la Croisette avec sa "Julieta."

Cannes aime les actrices. Et les réalisateurs qui ont monté les marches ce mardi aiment filmer les femmes. Pedro Almodovar a passé une vie de cinéma à nous parler des mères, des filles. Il revient, après deux derniers films moins convaincants que ses chefs d’œuvre passés, avec "Julieta", personnage almodovarien en diable.

(Pedro Almodovar met à nouveau les femmes à l'honneur © MaxPPP)

Pourquoi, même quand il n’a plus la fantaisie qui a fait sa légende, aime-t-on encore Almodovar ? Sans doute parce qu’il a accompagné nos vies, que son cinéma au langage si identifié, a raconté plus de trente ans de l’Europe contemporaine, à travers des histoires d’amour, de famille, d’amitié. Dans "Julieta" on retourne dans les années 80 qui ont vu naître Almodovar au cinéma, pour suivre une femme qui va aimer, avoir un enfant, mais dont la vie va basculer quand elle s’estimera trahie, que le destin s’en mêlera et qu’en perdant son mari, elle commencera à perdre sa fille.

Devenue adolescente cette enfant va disparaitre sans donner d’explication et on retrouve Julieta à 50 ans. L’abandon, la culpabilité, Almodovar les traite avec une sécheresse nouvelle qui lui permet de se concentrer sur le jeu de ses actrices, deux nouvelles venues dans son univers, elles jouent le même personnage à des âges différents, Emma Suarez est la Julieta d’aujourd’hui et elle voit dans ce film un marqueur du temps, oui le cinéma d’Almodovar a bien accompagné nos vies.

"Le film montre bien tout ça, cette époque, notre Madrid, les rues, les gens qui ne rentrent plus dans les bars. Ça montre la solitude des personnages. Ça parle d'une génération et d'un monde."

Mélange des genres et liberté chez Assayas

Chez Olivier Assayas, il y a aussi ce désir d’actrice, l’histoire commencée avec Kristen Stewart en 2014 dans "Sils Maria" continue et elle n’est pas finie. Dans "Personal Shopper" il y a deux films. Celui qui raconte la souffrance de Maureen, jeune américaine vivant à Paris, elle vient de perdre son frère jumeau tué par la même maladie cardiaque qui la menace aussi. Maureen est l’acheteuse personnelle d’une star futile, la vacuité de ce travail la renvoie à la profondeur de son deuil impossible.

Ce deuxième film est un film de genre qui regarde vers le fantastique, car Maureen est persuadée que son frère va la contacter depuis l’au-delà, elle voit des fantômes, les esprits font toc-toc, claquent des portes. Ça peut paraitre risible mais la performance de Kristen Stewart est telle qu’on ne voit qu’elle, Olivier Assayas n’en revient toujours pas. "Scène après scène, la façon dont elle avait besoin de se les approprier, au départ ça m'a troublé."

"Elle a une liberté de mouvement qui est unique dans le cinéma de Hollywood. Oui, c'est une star médiatique, mais c'est quelqu'un qui est arrivé à garder une indépendance, à ne pas faire les choix prévisibles, tout en étant au sommet. Ça implique une force de caractère et un courage qui donne le sentiment qu'elle peut tout faire."
 

Bertrand Tavernier rend hommage au cinéma français

"Personal Shopper" est donc le quatrième et dernier film français montré en compétition. A l’heure d’un premier bilan, on retiendra le grand écart dans les formes proposées, des débats récurrents sur la qualité de ce cinéma national et pour en parler sur le ton du coup de gueule, un grand témoin.

Le réalisateur Bertrand Tavernier est venu à Cannes présenter son documentaire "Voyage à travers le Cinéma français", dans le cadre de la sélection Cannes Classics. Pour lui, c'est bien plus qu'un hommage, c'est un acte militant : il faut aujourd'hui plus que jamais défendre cette culture foisonnante et différente.

"Toute ma vie j'ai vu qu'on enterrait le cinéma français, des articles écrits dans des journaux qui ont tous disparu. Donc le cinéma français, il survit à tout ça."

 

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