Zone euro : l'Allemagne en position d'accusée

C’est à Metz que se tient ce jeudi un Conseil des ministres franco-allemand, autour d’Angela Merkel et de François Hollande. Au menu, la crise des réfugiés, la croissance, et l’avenir de l’euro, mais il sera difficile de masquer les divergences entre les deux pays.

 Et pour ne parler que de l’économie, c’est une petite note publiée par l’OCDE cette semaine qui donne la mesure du fossé, que dis-je, de l’abîme qui sépare désormais les deux pays. Cette note juge avec une sévérité très inhabituelle la politique économique de nos voisins allemands, qu’elle rend responsable d’une partie des maux dont souffrent les pays de la zone euro. Cela peut sembler assez paradoxal, me direz-vous, pour un pays qui ne doit ses succès économiques qu’à lui-même, aux efforts consentis pendant près de dix ans par ses propres salariés, à la flexibilité de son modèle social, la puissance de l'appareil industriel et de ses PME, ou encore à la performance de son système d’apprentissage. Les experts de l’Organisation de coopération et de développement économique jugent d’ailleurs l’économie allemande "solide", se félicite d’un "taux de chômage très bas", et "d’inégalités de revenus très peu marquées", tout cela dans un contexte de croissance honorable. Autant de bons points notés en préambule, comme pour mieux préparer la charge qui suit.

 

Mais que reprochent ces experts à nos voisins allemands ?

 

Une politique économique dogmatique, l’obsession d’un déficit zéro, un objectif que le ministre des finances, Wolfgang Schaüble défend avec le zèle qu’on lui connaît : ses prévisions budgétaires jusqu’en 2020 sont sur la ligne du zéro déficit. La bonne gestion, responsable, a certes des vertus, mais à ce degré-là, elle est contre-productive pour ne pas dire stupide. Même si ces mots ne sont pas utilisés, c’est exactement ce que laisse penser l’OCDE entre les lignes. Car non seulement, il n’y a pas de déficit, mais l’office public de la statistique vient de révéler que l’ensemble des comptes publics allemands (Etat fédéral, collectivités territoriales et comptes sociaux réunis) avait dégagé en 2015, un excédent inédit faramineux de plus de 29 milliards d’euros. C’est sûr que vu de Paris, des comptes publics en telle santé, cela fait rêver, mais là, dans la situation très particulière où se trouvent l’Allemagne et surtout la zone euro, cela devient problématique. Après bien d’autres experts internationaux, l’OCDE exhorte les Allemands à investir à tout va, à développer une puissante politique publique d’investissement. L’argent est là, disponible, il faut l’injecter dans l’économie réelle dans la transition énergétique, les infrastructures, le haut débit, l’intégration des réfugiés, l’éducation. Autant d’investissements qui seraient en mesure de relancer la demande en Allemagne, et partant de donner de l’air à toute la zone euro.

Des experts ciblent aussi l’excédent commercial allemand

Ce sujet est plus sensible encore. Et il n’est pas sans lien avec le précédent. L’OCDE relève que la faiblesse des investissements explique une bonne partie de l’excédent des comptes courants qui atteint désormais 8% du Pib. L’Allemagne est ainsi le pays au monde ayant le plus fort excédent courant. Elle le doit certes à sa politique de compétitivité, mais quand elle prend de telles parts de marché, elle le fait au détriment de la plupart de ses propres partenaires européens. Et cela provoque des déséquilibres considérables, préjudiciables à la stabilité de la zone euro. L’Allemagne va donc bien apparence, mais sa politique contribue à déstabiliser ses voisins, dont la France. C’est sans aucun doute le message le plus difficile à faire passer à nos amis allemands à Metz aujourd’hui. 

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