Réformes : comment ferait la droite ?

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Que ferait la droite en matière de réformes, ferait-elle mieux, ferait-elle différemment ? Des éléments de réponse avec Vincent Giret.

Tous les candidats à la primaire de la droite et du centre nous disent qu’ils ont appris des échecs, des blocages et des reculades qu’ont connus les réformateurs en France depuis une bonne quarantaine d’années. Alain Juppé, François Fillon ou Bruno Le Maire affirment ainsi avoir fait un diagnostic très précis, très profond de ces échecs qu’ils ont parfois endurés eux-mêmes, et de manière tout aussi spectaculaire qu’aujourd’hui, on s’en souvient, face à la pression de la rue et d’une partie de l’opinion. L’affaire est d’autant plus sérieuse que ces ténors de la droite affichent désormais un catalogue de réformes drastiques à côté desquelles la loi sur le Travail dite El-Khomry apparaît bien pâlichonne. Leur premier point consiste d’abord à dénoncer le vice de forme, fondamental, qui a plombé le quinquennat de François Hollande : le candidat socialiste n’a pas dit la vérité sur l’état du pays, encore sous le choc de la crise, et il a préféré les envolées lyriques, et les programmes, un brin démagogique, sans lien en tout cas avec le réel d’un pays dont beaucoup de Français ressentaient pourtant le décrochage. Et ces prétendants de la droite jurent aujourd’hui la main sur le coeur, qu’ils diront la vérité, toute la vérité, avant l’élection présidentielle, pendant toute la durée de la campagne, et sur l’état du pays et sur les réformes rudes qu’ils mettraient en œuvre. Ensuite, les Français trancheront et s’ils choisissent l’un des leurs, alors celui-ci, affirment-ils, aurait la légitimité du peuple pour avancer, tambours battants, y compris par ordonnances, et briser ainsi toutes les résistances.

Dire la vérité, c’est bien, mais est-ce que cela suffit en politique ? 

Rien n’est moins sûr. Dire la vérité, c’est bien, c’est même un devoir, comme le martelait l’exigeant Pierre Mendes France, mais il y a un gros mensonge à laisser croire que la vérité règlerait une fois pour toutes les problèmes dont souffre le pays. Dans une note éclairante, "Gouverner pour réformer", la Fondation pour l’innovation politique établit un diagnostic beaucoup plus lucide : dire ce qu’on va faire puis faire ce qu’on a dit est certes indispensable, mais renvoie à la seule intendance, le management de la réforme. Or, la réussite se joue désormais en amont et en aval. C’est un projet d’abord qui doit porter la réforme et non simplement un programme, assorti d’une kyrielle de mesures spectaculaires, soulignent les deux auteurs. Une liste d’arbitrages techniques, pilotés par de brillants technocrates, n’a plus aucune chance de convaincre une majorité de Français.

Que préconisent les auteurs de cette note ?

Ils nous disent qu’un nouveau modèle de conception des programmes politiques est à inventer, Fabienne, et qu’aucun candidat manifestement n’y est encore parvenu. Les prétendants à l’exercice du pouvoir devraient ouvrir au maximum leurs portes à la société civile : consultations, conférences citoyennes, think tanks… Et la consultation participation doit être réelle : si ces dispositifs sont considérés seulement comme un moyen d’appâter l’électeur, alors ils perdent tout leur sens. C’est ce grand échange populaire qui permettrait demain la grande transformation : les candidats devraient accepter de s’y nourrir, d’ajuster l’angle sous lequel la réforme sera expliquée, d’inventer la pédagogie qui l’accompagnera et surtout, la vision politique qui la portera. La réforme n’est pas d’essence divine !

 

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