Pourquoi le gouvernement s'oppose-t-il à l'alliance de Carrefour avec un géant canadien ?

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La tentative de rapprochement entre Carrefour et le groupe canadien d’alimentation Couche-tard est réelle. Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a vite balayé cette alliance, jeudi. Pourquoi ce refus ? 

Carrefour bientôt sous pavillon canadien ? Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire refuse ce rapprochement parce que ça voudrait dire que notre fleuron national Carrefour passerait sous pavillon étranger. Or, Carrefour est un élément crucial de la chaîne d’approvisionnement alimentaire française. On a d'ailleurs pu expérimenter son caractère "essentiel" lors du premier confinement et c’est l’argument de Bruno Le Maire pour expliquer sa réserve : "Ce serait perdre un chaînon essentiel de notre souveraineté et sécurité alimentaire."
Bercy a un droit de veto sur les rachats et les investissements étrangers quand ils concernent des secteurs stratégiques, comme la défense, le nucléaire... mais aussi l’alimentation.

Carrefour c’est le premier employeur privé français, avec 320 000 salariés dans le monde dont plus de 100 000 dans l’hexagone. Même si elle est présentée comme "amicale", ce type d’opération présente toujours un risque de casse sociale, de suppression d’emplois, ces emplois de première ligne. Dans la période, c’est politiquement compliqué.

Couche-Tard, géant canadien de l'alimentation

Couche-Tard est inconnu en France, mais c’est un géant, avec 16 000 magasins dans le monde, 133 000 employés et une capitalisation boursière de près de 30 milliards d’euros. Bien plus que Carrefour d’ailleurs. Couche-tard est né il y a 40 ans au Québec, et s’est spécialisé dans les petites supérettes, ouvertes 24 heures sur 24, qui vendent des produits d’alimentation de base, des cigarettes mais aussi du carburant. La vente de carburant c’est 70% du chiffre d'affaires de Couche-tard,
et le Canadien cherche à sortir de ce créneau de moins en moins porteur avec l’essor de la voiture électrique. Se rapprocher de Carrefour lui permettrait de se diversifier, de se déployer dans le secteur des hypermarchés, tout en s’implantant en Europe où il très peu présent.

Carrefour se trouverait boosté

Un tel rachat peut donner un coup d’accélérateur à Carrefour et à la transformation qu’Alexandre Bompard, le PDG, a lancée il y a trois ans. Carrefour a été réorienté sur l’alimentation saine et l’e-commerce pour faire face aux chaînes discount et aux plateformes en ligne, comme Amazon, mais ce positionnement demande beaucoup d’argent que le Français n’a pas. Or, Couche-Tard se dit prêt à investir des milliards d’euros pour accélérer cette modernisation, il se dit prêt aussi à reprendre la dette de Carrefour. Mercredi 13 janvier, en tout cas, la révélation de ce projet a fait flamber le cours de Bourse de Carrefour. Et le refus de Bruno Le Maire ne veut pas dire que les discussions ne vont pas se poursuivre

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