Mais qui est Jean Tirole, le nouveau prix Nobel d’économie ?

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Les Français ont découvert hier un talent français, inconnu du grand public mais de célébrité mondiale. Mais qui est Jean Tirole, le nouveau prix Nobel d’économie ?

 Par un étrange paradoxe, la France dont on dit souvent un peu vite qu’elle est fâchée avec l’économie, produit des talents d’économistes à la renommée mondiale. On savait déjà que le dernier ouvrage de Thomas Piketty sur l’explosion des inégalités connaissait un succès planétaire. On savait encore, qu’une chercheuse française Esther Duflo, spécialiste de la lutte contre la pauvreté, avait été recrutée dans l’équipe des experts de Barack Obama. On a découvert hier un homme dont la modestie, plus encore la timidité, sont aussi légendaires que ses talents de théoricien : Jean Tirole, 61 ans, appartient à la lignée des ingénieurs économistes français, dans sa version la plus moderne : ancien élève de l’Ecole polytechnique, ingénieur général des ponts et chaussées, diplômé en mathématique, ce chercheur a révolutionné l’économie publique moderne.  Comment résume, la contribution de Jean Tirole à la science économique et à l’économie concrète ?  N’en déplaise à ceux qui ont la manie des étiquettes et l’ont rangé à tort parmi les "néolibéraux ", Jean Tirole n’est pas un apologue de la puissance des marchés. C’est au contraire un théoricien de la régulation publique dans une économie de marché. Il n’a jamais pensé que les marchés s’autorégulaient comme par miracle, ni sacralisé la concurrence libre et parfaite. Tirole a publié en anglais un ouvrage qui a fait date, connu dans le monde entier comme "Le Tirole ", et intitulé, L’organisation de l’économie industrielle .

 Il s’est ainsi intéressé au jeu des acteurs, au comportement des agents économiques, aux informations dont chacun dispose sur un marché donné, et aux incitations qui peuvent faire évoluer leur comportement. Tirole n’est pas l’ennemi de l’Etat, mais au contraire, le partisan d’un Etat efficace, toujours garant de l’intérêt général. Son modèle théorique, qui mêle économie et psychologie, a trouvé des applications très concrètes dans les secteurs de l’énergie, des télécoms, de l’informatique, des banques, ou encore des transports. Comment éviter par exemple que des entreprises en position dominante écrasent leurs concurrents ? Quelles incitations - en terme de prix ou de règlement - mettre en place pour qu’un marché fonctionne loyalement ? L’Union européenne, mais aussi les autorités de la concurrence, et des Etats dans le monde entier, ont mis en pratique les acquis théoriques de Jean Tirole.   Cet économiste dirige aussi une université à Toulouse presque plus connue dans le monde entier qu’en France…  Oui et c’est un autre aspect singulier de l’apport de cet économiste à la fibre entrepreneuriale. Avec son ami et mentor Jean-Jacques Laffont, mort en 2004, il a fondé il y a un peu plus de vingt ans, l’école d’économie de Toulouse, où se pressent désormais des dizaines de jeunes économistes venus du monde entier, attirés par un pôle d’excellence sans équivalent en Europe.  Il faut ajouter un dernier mérite, et non des moindres, à Jean Tirole, celui d’avoir choisi la France plutôt que les Etats-Unis pour y dispenser ses talents. Il faut désormais souhaiter que ce théoricien de haut vol accepte de se mêler davantage au débat public. La France en a grand besoin.

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