Les entreprises face à la radicalisation de salariés

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Comment font les entreprises face à la montée du fait religieux et à la radicalisation de certains de leurs salariés ? Manuel Valls a demandé aux entreprises d’aider la puissance publique à détecter cette radicalisation. Comment réagissent-t-elles ?

Plutôt bien. D’autant plus que certaines entreprises ont eu parfois le sentiment d’être laissées assez seules face à ces phénomènes délicats. Alors dans l’affirmation du fait religieux, il faut tout de suite distinguer, ce qui ne pose pas à priori problèmes dans les entreprises, c’est à dire par exemple, la demande de congés pour des fêtes religieuses, beaucoup d’entreprises de main d’œuvre ont intégrés le calendrier de l’islam comme elles l’ont fait d’autres religions. En revanche, les vrais problèmes commencent quand certaines revendications ou attitudes perturbent l’organisation du travail, les relations entre salariés, ou la relation avec les clients. Et là les exemples, les cas ne sont pas encore très nombreux mais ils ont tendance à augmenter rapidement. Selon une étude du mois d’avril dernier, réalisée par l’observatoire du fait religieux en entreprise, les managers disent être confrontés au fait religieux au moins une fois par mois, une proportion qui a presque doublé en un an, tout comme les cas conflictuels qui sont passés de 3 à 6%. Et dans l’immense majorité des cas, il s’agit de salariés se réclamant d’une version radicale de l’islam.

Concrètement, Vincent, de quels problèmes s’agit-il ?

Une personne qui refuse de travailler à côté d’une femme, que son chef soit une femme, ou même c’est arrivé récemment à une dirigeante de la RATP, qu’un homme refuse de lui serrer la main parce qu’elle est une femme. Il y a bien d’autres cas : des discriminations de faits pratiqués entre salariés, des locaux syndicaux transformés sauvagement en salle de prières, comme dans une entreprise de nettoyage de la banlieue parisienne, des tentatives d’entrisme communautaire dans certaines sections syndicales, Force Ouvrière a d’ailleurs reconnu récemment avoir été l’objet d’une telle tentative dans une entreprise ; ou encore des recrutements ou des pratiques ultra-communautaires pour constituer des rapports de force au sein des entreprises, on l’avait observé par exemple il y a quelques années au sein d’une équipe de bagagistes d’Air France.

Que peut-on contre ces pratiques ? 

Les entreprises ont une double légitimité à intervenir : elles sont à la fois responsables de la sécurité de leurs salariés, et de la sécurité de leurs clients. Toute la gamme des décisions est donc utilisées, des mutations, des changements de poste ou des interdictions de poste pour éviter les risques, mais aussi des sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement dans les cas les plus graves ou même jusqu’à un signalement de police. Mais surtout les entreprises cherchent à aider les managers de proximité qui ont à gérer très concrètement ces phénomènes. Elles ont multiplié les guides, les formations RH, pour anticiper, et ne pas laisser les problèmes dégénérer. Les drames de ces derniers jours ont libéré la parole dans certaines entreprises. Et c’est une bonne chose. Les entreprises appartiennent à la société civile et chacun doit donc prendre ses responsabilités sur le terrain qui est le sien, dans, bien sûr le strict respect des lois.