Le président iranien Hassan Rohani en France : vers un accord économique ?

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C’est une première depuis 17 ans, un président iranien en visite à Paris. Hassan Rohani va passer deux jours dans la capitale française. L’objectif est d’abord économique.

Un président iranien à Paris, accueilli avec tous les honneurs, c’est en effet un sacré retournement de l’histoire, tant la France a eu avec ce pays des relations tourmentées depuis l’exil de l’ayatollah Khomeiny sur les hauteurs de Neauphle-le-château à la fin des années 70. C’est le président d’un pays à bout de souffle et mort de soif qui arrive à Paris aujourd’hui tant son isolement et les sanctions internationales ont étouffé son économie. Il n’y a pas beaucoup de cas dans l’histoire, en dehors de l’Afrique du Sud de l’apartheid, où des sanctions économiques ont contribué à faire plier un régime politique, mais dans le cas de l’Iran, on peut penser, sans se tromper, que les sanctions prises pendant une dizaine d’années par la communauté internationale pour contrer la politique nucléaire des Mollah ont eu clairement un impact sur le revirement iranien. Autant dire qu’aujourd’hui, après l’accord sur le nucléaire et la levée progressive des sanctions, l’Iran, et plus encore ses presque 80 millions d’habitants, sont dans un état de très grande impatience : ils misent sur ce nouveau contexte pour rattraper le temps perdu et sortir du marasme une économie ravagée par des années d’inflation, de pénuries et de trafics.

Et la France semble bien placée pour en profiter

Oui, la France et l’Allemagne sont très bien placées, non seulement en raison de la qualité de leurs grandes entreprises, qu’en raison d’un anti-américanisme qui demeure l’un des carburants d’un régime qui au fond n’a pas beaucoup changé dans ses pratiques politiques. Pas moins de 25 chefs d’entreprise français ont rendez-vous avec le président iranien. C’est un pays qu’il faut rééquiper du sol au plafond. On sait déjà qu’un contrat de commande de 127 Airbus devrait être signé, dans l’automobile, PSA Peugeot-Citroën qui était le premier constructeur européen en Iran avant les sanctions internationales, espère reprendre sa place de leader. Mais Renault est aussi à l’affut et ambitionne de prendre 20% du marché automobile iranien d’ici 5 ans. Total, Danone, LVMH et beaucoup d’autres veulent reprendre pied ou se développer. Les experts estiment que les entreprises françaises vont profiter, dans les deux années qui viennent, d’un surcroît d’exportations de près d’un milliard et demi d’euros. Et c’est une très bonne nouvelle pour l’économie française.  

Mais est-ce cette promesse de développement économique est solide

A moyen terme, l’Iran devrait bien changer de visage, au moins au plan économique. La fin des sanctions, c’est le retour dans le commerce mondial, c’est le retour des investisseurs, c‘est l’accès aux technologies dont les entreprises ont besoin et c’est enfin l’accès aux produits de consommation qu’attendent les Iraniens. La croissance devrait bondir à plus de 4% dès cette année. Et cette promesse de prospérité peut d’autant plus s’avérer rapide, que l’Iran bénéficie à la fois d’un grand marché intérieur, d’élites bien formées, et d’une grande classe moyenne qui ne demande qu’à s’émanciper. Mais le régime iranien va devoir aussi faire une part du travail, l’économie a besoin de réformes. Les dirigeants jouent un très gros pari dans cette affaire : en perdant soudain beaucoup d’ennemis extérieurs officiels, le régime, aujourd’hui très divisé, se prive aussi de toutes excuses en cas d’échec.