Le nouveau Nobel d’économie est un homme de terrain

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Cette année le prix Nobel d’économie n’est pas français comme l’an passé avec Jean Tirole, cette fois, il est Ecossais. Le jury a décerné lundi le Nobel à l’économiste Angus Deaton, 69 ans, à la double nationalité britannique et américaine.

Voilà un économiste qui se méfie plus que personne de la pensée unique, des effets de systèmes ou des certitudes toutes faites. Cet homme est un obsédé de la mesure, au propre et au figuré : Deaton est un économiste de terrain, qui croit pouvoir tout mesurer, tout quantifier. Il s’est ainsi posé des questions un peu bizarre dans sa carrière : à quel niveau l’argent fait le bonheur ? Ou qu’est-ce qu’un pauvre, en Inde par exemple ? Ou encore, est-ce que la discrimination sexuelle a un impact économique ? Autre question iconoclaste avec laquelle Deaton s’est fait quelques ennemis dans le monde humanitaire : est-ce que l’aide financière internationale aide vraiment les pays les plus pauvres ?

L’économiste Deaton est donc toujours au plus près de l’individu, au plus près de chaque ménage et de ses comportements. Il a été primé, ce sont les mots du jury pour "son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être".

Quel est l’objectif de quantifier ainsi le bien-être ou la pauvreté ? 

L’objectif, c’est d’abord de démonter des idées préconçues, des fausses vérités pourtant établies et du coup de révolutionner les grandes politiques économiques publiques. Par exemple, il y a quelques années Deaton avait été consulté avec d’autres économistes pour trouver une alternative à l’indicateur roi dans nos pays, le PIB, le produit intérieur brut, censé mesurer la production de richesse et donc la croissance d’un pays. Comme si le bonheur d’un pays dépendait exclusivement de son taux de croissance. Deaton n'y croît pas, surtout dans une période où la croissance est devenue problématique, notamment à cause de la dégradation du climat. Il a ainsi travaillé à la définition d’autres indicateurs pour mesurer davantage le bien être individuel, ces nouveaux indicateurs permettant d’autres choix politiques, d’autres politiques économiques. Pour cela, il faut regarder dans le détail les comportements en matière de consommation, d’épargne, et travailler sur la répartition des revenus et l’environnement social des individus. Toujours cet aller-retour entre l’empirique et le théorique.

Les travaux en matière de santé du nouveau prix Nobel d’économie ont beaucoup dérangé.

Deaton s’est attaqué à la définition du seuil de pauvreté, c’est une sorte de moyenne, que Deaton trouve trop imprécise, trop globalisante, et qui modèle pourtant de très nombreuses politiques publiques. Deaton a ainsi contesté les effets et surtout les limites des grands programmes internationaux d’aide au développement menés ces dernières décennies par les pays occidentaux qui visent selon lui plus la croissance que le bien être réel. L'économiste s’est ainsi attiré les foudres de certaines ONG ou du grand philanthrope Bill Gates très engagé dans les programmes de santé. Deaton préfèrera toujours l’observation aux grandes théories, même les plus généreuses. Comme le souligne un de ses collègues français, on ne peut plus parler de pauvreté, et de consommation et de bien être sans se référer aux travaux d’Angus Deaton.

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