Le décryptage éco. Sale temps pour les banques allemandes

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Deutsche Bank et Commerzbank, les deux principaux établissements financiers d’outre-Rhin, font l’objet de bien des rumeurs, entre plans de restructurations, plans sociaux et fusion. Le début d’un long feuilleton avec probablement beaucoup d’épisodes à rebondissement.

Il y a quelques semaines, on parlait déjà d’une possible fusion entre les deux premières banques du pays, la Deutsche Bank et la Commerzbank, bien mal en point. La pression monte un peu plus chaque jour. On apprend maintenant que Commerzbank aurait dans les tuyaux un plan de suppression de 9 000 emplois au cours des prochaines années, accompagné d’un plan de restructuration d’au moins un milliard d’euros.

Que se passe-t-il ?

Au deuxième trimestre de cette année, les bénéfices de la Deutsche Bank ont chuté de 98% sur un an. La plus grande banque allemande – une des premières de la planète – est, elle aussi, engagée dans un vaste plan de restructuration : 200 filiales doivent fermer d’ici 2020 (c'est l'effet du numérique qui éloigne les clients des agences physiques) et  9 000 emplois doivent être supprimés comme chez sa concurrente.

En réalité, la Deutsche Bank ne s’est jamais remise de la crise en raison d’une gestion calamiteuse. Elle est visée par des enquêtes pour manipulation de marché en Italie, il y a cette amende de 14 milliards d'euros que lui réclame la justice américaine pour des affaires liées aux subprimes, ajoutez à cela les taux d’intérêt zéro qui entament sa rentabilité et le surcroît d'épargne des allemands (8% du PIB, la richesse nationale produite) qui pousse les excédents vers les produits les plus rentables et donc très risqués. Vous avez là un excellent tableau de la situation. La rigueur allemande est sacrément mise à mal.

Peut-on parler d’une bombe à retardement ?

Selon le FMI, vu les liens qu’elle entretient avec les autres grandes banques mondiales, la Deutsche Bank représente aujourd’hui le principal facteur de risque pour le système financier dans son ensemble. Deutsche Bank fait trois fois la taille de la tristement célèbre Lehman Brothers, dont la faillite avait déclenché la crise financière mondiale de 2008. Son exposition aux produits dérivés équivaut aujourd'hui à 16 fois le PIB de l’Allemagne.

Est-ce que les pouvoirs publics laisseront capoter le système ?

La chancelière Angela Merkel, qui prépare les élections fédérales dans moins d'un an en Allemagne, est très claire : hors de question de prendre le moindre centime au contribuable allemand pour sauver les canards boiteux.

Déclaration à rapprocher de celle du président de la BCE qui s’interroge sur le nombre de banques en Europe et sur la concurrence qui pèse sur la rentabilité du secteur. De là à inciter au mariage entre banques ou couper la tête des établissements problématiques, Mario Draghi s’est bien gardé de se prononcer, mais cela fait beaucoup de propos convergents.

Depuis la crise, beaucoup d’efforts ont été faits et de résultats obtenus par les autorités de régulation financière. C’est la morale de l’histoire : le système bancaire européen, à défaut d’être fragile, reste vulnérable.

 


Sale temps pour les banques allemandes par franceinfo