Le décryptage éco. Renault réembauche, l'industrie française échappe-t-elle au déclin ?

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Bonne nouvelle sur le front de l’emploi, le groupe Renault a annoncé mardi 11 octobre la création de 1 000 embauches en CDI avant la fin de l’année. Est-ce le signe que l’industrie française va mieux ?

L'embauche annoncée de 1000 personnes en CDI d'ici la fin de l'année chez Renault est indéniablement un signe positif  et c’est d’autant plus intéressant, qu’on a avec le constructeur automobile, un cas d’espèce. Voilà une grande entreprise industrielle où la direction comme les partenaires sociaux ont une solide culture de la négociation, ce savoir-faire là c’est souvent ce qui fait le plus défaut dans les entreprises française. Chez Renault, syndicats et direction savent se mettre autour d’une table, ils bataillent durement mais ils savent se faire confiance, ils se respectent, et ils peuvent négocier des choses difficiles.

En 2013, au moment où Renault souffrait particulièrement comme tout le marché français de l’automobile ; les syndicats, en l’occurrence la CGC, la CFDT et Force Ouvrière avaient accepté de signer un accord de compétitivité comprenant de clauses très douloureuses : une augmentation du temps de travail de 6,5%, un gel des salaires temporaire, près de 7 500 départs volontaires pour la plupart à la retraite. En échange la direction s’engageait à ne pas fermer de site industriel, à relocaliser en France une partie de sa production et à réembaucher dès que la conjoncture s’améliorerait. C’est exactement ce qui se passe, Renault va mieux, les efforts ont payé, le marché va mieux. Ces deux dernières années, le groupe aura donc réembauché 3 000 CDI. Et direction et syndicats se retrouvent ces jours-ci pour parler des perspectives des trois années à venir. Voilà une preuve éclatante de l’impact d’une culture de la négociation sociale dans l’entreprise.

Et au delà de Renault,  la situation de l’industrie française profite-t-elle de ce regain de forme ?   

Ça va un peu mieux, mais la situation reste très fragile. D’abord, parce que l’industrie française a globalement beaucoup souffert, on le sait : sa part dans l’économie est passée en 15 ans, de 20 à 12%, c’est une très violente contraction avec son cortège de fermetures d’usines. Certains ont cru un moment qu’on pouvait se passer de l’industrie et des usines, et tout miser sur les services : mais c’était une erreur grossière parce qu’avec les services, le marché de l’emploi  est très polarisé : en haut des emplois à très forte valeur ajoutée, et en bas des emplois très peu qualifiés. Et ça ce n’est pas bon du tout pour la cohésion sociale. À l’inverse, l’industrie repose sur une quantité d’emplois et de métiers intermédiaires. Voilà pourquoi c’est si important.

Est-ce que le CICE et les allégements fiscaux importants que le gouvernement a accordés ont stoppé le déclin de l’industrie ?

Le sujet est controversé. Mais il y a au moins deux vérités sur le sujet :

1 – L'enjeu de la compétitivité de l’industrie française reste malheureusement devant nous. C’est encore probablement une affaire importante pour les dix ans qui viennent.

2 – Le CICE et ces allègements de charges n’ont pas payé à court terme, en tout cas sur l’emploi, mais ça on le savait dès le départ : ces politiques-là ne marchent que dans la durée. Le CICE devra être simplifié et ajusté à l’évidence. Mais certainement pas supprimé. Le grand débat sera de savoir s’il faut renforcer ces allègements de charges pour toucher, non pas seulement les emplois peu qualifiés, mais les emplois payés jusqu’à 3 fois et demi le smic. Pour justement aider à la montée en gamme de l’industrie, qui est en pleine transformation avec le numérique et la robotique. Cette montée en gamme étant la seule planche de salut, la seule solution pour l’industrie française. Et ce sujet sera à l’évidence l’un des beaux débats économiques de la campagne.


Renault réembauche, l'industrie française... par franceinfo

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