Le décryptage éco. Présidentielle : Macron-Le Pen : la confrontation sur l’Europe

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Le grand sujet de confrontation entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, sera l’Europe. Le décryptage de Vincent Giret sur ces deux visions du monde qui vont s’opposer.

Le second tour de l'élection présidentiel Macron-Le Pen sera un choc fondamental, un choc frontal, presque caricatural, tant les programmes, les philosophies, les visions du monde de ce qu’est l’Europe, de ce quelle permet ou non dans le monde d’aujourd’hui s’opposent en tout point. Ce sont deux conceptions aux antipodes.

La question de l’Europe est la clé de voute d’une bonne partie des programmes qui vont s’affronter, celui de Martine Le Pen et celui d’Emmanuel Macron. Dans un cas l’Europe est le problème, dans l’autre l’Europe est la solution.

L'Europe repoussoir pour Marine Le Pen

Prenons d’abord le cas de Marine Le Pen. Voici ce qui est écrit dans son programme : "Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté, monétaire, législative, territoriale, économique." C’est l’engagement numéro un pour bien montrer que la question européenne, et plus précisément la question de l’euro, constitue la clé de son programme. Les mots "sortie de l’euro" ne sont pas prononcés, mais c’est tout comme, puisqu’il est précisé qu’"une négociation sera immédiatement engagée avec l’Union européenne". On le sait pour sortir de l’euro, il n’y a d’autres options, en vertu des traités, que de sortir de l’Union. Cette souveraineté monétaire est assortie je cite d’un "protectionnisme intelligent", c’est donc bien le retour au national qui constitue l’alpha et l’omega du programme économique et politique de Marine Le Pen.

La crise est aussi passée par là et la présidente du Front national estime qu’en cinq ans, sa vision a gagné en crédibilité, en raison de la crise qui frappe encore nombre de pays de l’euro, dont la France, mais surtout d’un contexte international qui lui semble plus favorable, avec le Brexit et le vote d’une majorité nette des Britanniques pour quitter l’Union, et la victoire de Trump, qui impose lui aussi la primauté nationale avec son slogan "America First". Marine Le Pen veut croire que le "repli national" des deux grandes démocraties occidentales que sont les Etats-Unis et la Grande Bretagne lui donne raison. Et Le Pen pense qu’elle a sur ce terrain de la détestation de l’Europe, une réserve substantielle de voix, de Nicolas Dupond-Aignan à Jean-Luc Mélenchon en passant par tous les petits candidats.

L'Europe à consolider pour Emmanuel Macron

Pour Emannuel Macron, c’est exactement l’inverse. Pour lui, l’Europe, c’est le plus profond de ce que nous sommes, nous Français. L’Europe, c’est notre identité, notre destin, notre horizon culturel, historique, politique, et économique. C’est ce qui fait que la France peut vraiment être la France, c’est à dire d’avoir une force et un espace pour exister et rayonner. Et dans le monde globalisé, c’est en plus notre meilleure bouclier : en matière monétaire, commerciale, mais aussi face au terrorisme et aux migrations.

C’est au nom de cette vision qu’Emmanuel Macron veut réformer profondément l’Europe et d’abord son cœur, la zone euro : il veut la doter de réels outils politiques et démocratiques, avec un parlement de la zone euro, et d’outils économiques, avec un budget de la zone euro, et des investissements massifs. Si les Etats sont endettés, l’Europe, elle, ne l’est pas, elle a donc une marge de manœuvre. Macron croit qu’il est ainsi vital aujourd’hui de remettre de l’énergie dans la construction européenne, et que cela ne peut se faire dans un premier temps qu’avec les Allemands.

Mais l’Europe est aussi au cœur de la stratégie politique de rupture d’Emmanuel Macron au plan national : il sait que les forces politiques de gauche et de droite sont toutes traversées par un grand clivage sur la question européenne. Et c’est pourquoi il fait le pari qu’il peut constituer une force progressiste centrale dans notre pays pour porter cette vision nouvelle de l’Europe.

Entre Macron et Le Pen, il n’y a donc pas de choix, de vision, de philosophie plus opposées. On peut même dire que ce second tour de l’élection présidentielle est une manière de rejouer le référendum sur le traité de Maastricht de 1992. Et c'est aussi pour ça que l'affrontement pourrait être plus serré et plus dramatique que prévu.