Le décryptage éco. Pourquoi Emmanuel Macron dit qu'il n'y a pas de "cagnotte fiscale" à distribuer ?

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Emmanuel Macron a affirmé qu’il n’y avait pas de "cagnotte fiscale" à distribuer, et qu'en tout cas, ce n’était pas le moment. Et ce alors que les recettes fiscales enregistrées en 2017 ont été plus élevées que prévu. Le décryptage de Fanny Guinochet.

Tout part d’une bonne nouvelle. On a enregistré plus de recettes fiscales que prévu en 2017 : 4,3 milliards d’euros de plus. D’où les demandes, y compris de la part de députés de la majorité, pour que le gouvernement redistribue dès maintenant aux Français une partie de ces recettes. Mais Emmanuel Macron a été très clair sur cette cagnotte fiscale, cette bonne fortune budgétaire. "Nous sommes bien loin d'avoir le luxe de nous poser la question de redistribuer quelque cagnotte que ce soit quand nous avons encore le niveau de déficit, et a fortiori de dette, qui est le nôtre", a affirmé le chef de l'Etat. Bref circulez il n’y a rien à voir. La redistribution n’est pas pour tout de suite, dit le président.  

Une déclaration réaliste

Quand on regarde les chiffres, il y a de quoi avoir le tournis. La dette de la France représente presque 2 300 milliards d’euros. C’est plus de 96% de notre PIB, c’est-à-dire de notre richesse nationale. On bénéficie de taux d’intérêts très bas. La France emprunte beaucoup, mais à bas coût.. Si demain, ces taux remontent, ce poids de la dette va encore s’alourdir. De plus, 4,3 milliards d’euros de recettes fiscales, c’est beaucoup d’argent en soi, mais si on les met en rapport avec ce que l’on rembourse au quotidien, c’est-à-dire 0,5 milliard d'euros chaque jour, la cagnotte est épuisée en huit jours.

Désendetter le pays

Plusieurs économistes affirment qu’il vaut mieux profiter de cet argent pour désendetter le pays, ou encore investir dans l’innovation, la recherche, la formation, l’économie de la connaissance, les infrastructures. Pour moderniser notre appareil productif et regagner des parts de marché, et que pour la redistribution, c'est-à-dire les mesures en faveur du pouvoir d’achat, il faut faire dans un second temps.

Un choix politique difficile mais assumé

Dans le même temps, politiquement il est difficile de demander d’attendre. Quand cela va mieux, surtout après des années d’efforts, il est légitime de vouloir une part du gâteau. Emmanuel Macron n’est pas le seul à être face à cette difficulté. Dans les années 2000, sous Chirac, Lionel Jospin s’était heurté au même débat.

La France retrouvait la croissance et l’opinion publique le soupçonnait de vouloir cacher une manne d’argent. Jospin, pourtant très orthodoxe, avait finalement redistribué une partie de l’argent. Il avait baissé la TVA. En 2004, Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de l'époque, avait aussi dû faire face au même casse-tête. Il avait choisi de consacrer une partie de cette cagnotte à la réduction des déficits. Il avait aussi augmenter les différents Smic. Cette fois, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne semblent pas prêts à céder.      

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