Le décryptage éco. Pourquoi Benoît Hamon corrige son revenu universel

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Benoît Hamon a décidé de retoucher une des propositions phares de son programme, le revenu universel. Le décryptage de Vincent Giret.

Constatons d’abord que l’équipe de Benoît Hamon vit un moment de grandes tensions, les intentions de votes en faveur de son candidat ne décollent pas vraiment. Sa campagne patine, tandis que son meilleur ennemi Emmanuel Macron consolide sa position très loin devant, et surtout engrange des ralliements de personnalités socialistes. Certaines d’entre elles disent désormais publiquement qu’elles ne se reconnaissent pas dans la campagne et les propositions de Benoît Hamon. Un recadrage devenait chaque jour plus nécessaire, en tout cas du point de vue de plusieurs experts qui travaillent pour le candidat socialiste.

Rappelons d’abord une évidence : le principe d’un revenu universel, c’est qu’il est universel, c’est à dire qu’il est versé à tous, sans distinction de ressources, et que selon les variantes, il se substitue plus ou moins à une partie des prestations sociales pour responsabiliser davantage les individus. Dès lors que chacun, dès sa naissance ou à sa majorité, dispose d’un revenu universel, d’une allocation de base, il doit pouvoir construire sa vie professionnelle et sa vie tout court.

Nouvelles cibles : les benéficiaires du RSA, les 18-25 ans, les travailleurs pauvres

Quand, lors de la primaire, Benoît Hamon avait brandi sa proposition, il avait donné une évaluation de son coût, autour de 300 milliards, c’est à dire l’équivalent du budget de l’Etat, tandis que les estimations d’experts indépendants tablaient plutôt sur 360 ou même 400 milliards d’euro en régime de croisière.

Benoît Hamon retouche sa proposition, et c’est même plus qu'une retouche, c’est un changement complet. Le projet de revenu universel de Benoît Hamon n’a plus rien d’universel dans sa dernière mouture, il est ciblé sur plusieurs catégories de personnes. D’abord, pour ceux qui touchent le RSA, c’est-à-dire qui ne travaillent pas et ont épuisé leur droit au chômage, la proposition de Benoît Hamon ne change pas : le revenu de solidarité active sera augmenté et passera à 600 euros. Deuxième cible, les jeunes, les 18-25 ans, dont la prime dites d’activité serait versée dès le 1er janvier. Sans doute elle aussi de 600 euros. Troisième cible, ceux qui travaillent, pour qui la mesure est désormais sous condition de ressources : elle cible les travailleurs aux revenus modestes et même ceux qui gagnent 1,9 fois le smic, soit 2 185 euros nets par mois, c’est à dire au delà du revenu médian des Français.

Nouvelle estimation : "quelques dizaines de milliards"

Les deux autres étapes du revenu universel tel que toujours décrites sur le site internet du candidat ne sont plus évoquées : ni la généralisation de la mesure à toute la population, ni son augmentation à 750 euros. Tout n’est pas encore très clair, mais Julia Cagé, l’experte en charge de ce dossier auprès de Benoît Hamon, affirme désormais que le coût de cette mesure serait "de quelques dizaines de milliards d'euros", ce qui est déjà une fort jolie somme et n’est pas encore très précis.

Benoît Hamon répond ainsi à certains de ses contradicteurs à gauche. Cette mesure gênait fortement les réformistes, à gauche et au sein du Parti socialiste. D’une part, le coût exorbitant d’une telle mesure tournait le dos à la culture de gouvernement et de responsabilité que ces socialistes veulent incarner depuis le grand virage de François Mitterrand en 1983. Et d’autre part, ces socialistes voyaient le revenu universel comme une attaque portée à la valeur travail, qui est historiquement l’une des grandes valeurs de la gauche.

Benoît Hamon tente, sans doute un peu tardivement, de redimensionner son projet pour lui donner plus de crédibilité, tout en ciblant les plus pauvres et les jeunes qui ont du mal à s’intégrer sur le marché du travail. Mais ce faisant, il accepte de tuer la portée symbolique d’un revenu universel s’adressant à tous. Et il transforme sa mesure phare en une puissante politique de redistribution. C’est donc une tentative de recentrage, tout en s’accrochant au principe qui considère que c’est par la dépense publique que la France relancera vraiment son économie. Ce qui se discute, bien sûr.

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