Le décryptage éco. Peut-on annuler la dette comme le propose Arnaud Montebourg ?

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Pour payer la facture du Covid-19, la France emprunte toujours plus. Cette année, notre dette devrait dépasser les 120% du PIB. Arnaud Montebourg propose de l’annuler. Possible ? réaliste ? Le décryptage de Fanny Guinochet.

C’est tentant de vouloir annuler la dette, mais compliqué ! Très concrètement, annuler la dette, ça veut dire que les créanciers, ceux qui prêtent à la France, vont perdre de l’argent ! Car on ne leur remboursera pas. Et qui détient de la dette Française aujourd’hui ? Des fonds de pensions étrangers, des institutions... mais aussi beaucoup de particuliers, des Français, indirectement propriétaires de la dette nationale, via leur assurance vie ou leurs livret A. De fait, si on efface l’ardoise, tous ces épargnants perdront une partie de leurs économies.

Certes, Arnaud Montebourg parle bien de la dette publique, pour préserver les particuliers, mais il n'empêche, le message que l’on enverra, c’est que les prêts ne sont pas sécurisés.Il y a des chances dans ces conditions que les investisseurs, les institutionnels ne veuillent plus nous prêter, ou bien à des taux beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui. Il faut bien avoir en tête, que sans ces emprunts, la France est incapable de payer tous les mois, les fonctionnaires et les pensions de retraites car l’État vit à crédit. Quant à obtenir une annulation "concertée" de la dette Covid au sein de l'Union, comme le suggère Arnaud Montebourg, il n'est pas simple d'avoir un accord. 

Comment rembourser un tel niveau de dette ?

Pour l’instant, la dette ne coûte pas cher. La France emprunte à taux négatifs. Notre pays inspire confiance aux créanciers, qui nous avancent volontiers de l’argent. Depuis 10 ans, la dette tricolore a doublé, mais ses intérêts – c’est à dire la charge de la dette – a été divisée par deux grâce notamment à la Banque centrale européenne qui intervient. Mais il y a un risque si les taux d’intérêt remontent. En attendant, le gouvernement table plutôt sur un scénario de remboursement à très long terme, sur des décennies. 

Un poids pour les générations futures

C’est le risque, même si le gouvernement espère qu’avec un retour de la croissance, on retrouve des marges de manœuvres. Pour Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, après la crise, il faudra aussi réduire les dépenses de l’État, via des réformes, comme celle des retraites. Enfin, d’autres voix s’élèvent, comme celle de Louis Gallois, pour un "impôt Covid". L’ancien dirigeant, aujourd’hui à la tête d’associations caritatives, milite pour que les plus riches paient une partie de cette dette. Bref, le débat va se poser et s’intensifier pour la campagne présidentielle parce que cette dette n’en reste pas moins, pour la France, une bombe à retardement !     

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