Le décryptage éco. Mélenchon et Le Pen font peur aux chefs d’entreprises et aux marchés financiers

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Les programmes économiques de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon décryptés par Philippe Roy-Contencin.

A peine deux semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle Pierre Gattaz frappe du point sur la table et dénonce les programmes économiques de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. "Des apprentis sorciers", affirme le président du Medef, inquiet pour l’avenir de l’économie française et des entreprises.

Le patron des patrons craint, avec Jean-Luc Mélenchon, un scénario à la vénézuélienne. La politique économique menée par le défunt président Chavez a fait de ce pays exportateur de pétrole un Etat où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les boutiques sont vides. Marine Le Pen en prend aussi pour son grade. Cette fois, c’est le scénario argentin : un Etat qui était tombé en faillite et où l’inflation délirante conduisait à paupériser la classe moyenne.

Le Pen compte séduire les petits patrons, Mélenchon veut durcir le code du travail

Dans son programme, Marine Le Pen prend à la fois pour thème électoral la défense des salariés modestes et des petits patrons. Pour plaire aux salariés, elle ne revient pas sur les 35 heures et veut rétablir la retraite à 60 ans. Et pour plaire aux chefs d’entreprises, elle propose de nouveaux allégements de charges et une réduction de l’Impôt sur les sociétés. Mais en faisant de l’étranger l’ennemi, elle fragiliserait la compétitivité de notre économie.

Jean-Luc Mélenchon, lui, a carrément dans le collimateur les entreprises et les riches. Il veut abroger la loi El-Khomri et durcir le code du travail. Il veut alourdir la fiscalité sur le capital. Un ensemble de promesses électorales qui sonne désagréablement pour le patronat – et c’est valable pour les programmes des deux candidats.

La Banque centrale européenne en ligne de mire

Beaucoup de patrons sont vent debout contre les propositions anti-européennes de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.Avec des nuances : Jean-Luc Mélenchon aura tout de même beaucoup de mal à faire plier la Banque centrale européenne (BCE), qui consacre son temps à lutter contre l’inflation. C’est d’ailleurs sa mission première et ça, les Allemands n’y renonceront jamais, traumatisés qu’ils sont par l’hyper inflation qu’ils ont connue dans les années 1930. Comme ils ne renonceront jamais à l’indépendance de la BCE. Ils refuseront aussi avec la plus grande fermeté que la dette publique soit financée par les banques centrales comme la Banque de France.

Quant à Marine Le Pen, la crainte des patrons est ce qu’on peut appeler son jusqu’au-boutisme. Elle veut négocier avec l’Europe, puis appeler les Français par référendum à choisir entre rester ou quitter l’Union européenne. A cela s’ajoute une éventuelle sortie de la zone euro. Pour les économistes, un retour au franc entraînerait une hausse des prix et un alourdissement de la dette, comme les Grecs l’ont connu. Les taux d’intérêts s’envoleront, prédisent-ils.

La crainte d'une fuite des capitaux

Autre crainte: que le fait de sortir de l’Europe ait pour conséquence une fuite anticipée des capitaux. Les détenteurs de dette auront une peur bleue que leurs avoirs en euros s’écroulent du jour au lendemain avec le retour au franc.

Il faut ajouter que le Front national veut mener une politique colbertiste, du nom du célèbre ministre de Louis XIV. Une économie dirigiste, sur le modèle russe d’aujourd’hui. C’est-à-dire administrée par l’Etat, à l’envers de ce que fait l’Europe. Ce qui fait pâlir le patronat attaché au libéralisme pour les entreprises.

Avec Jean-Luc Mélenchon, même si son programme est moins drastique sur l’Europe, le risque, c’est l’exil des riches et des entrepreneurs qui fuiront le radicalisme de ses mesures économiques et sociales. A cela s’ajoutera l’alourdissement des impôts pour les plus fortunés. La tentation de l’étranger sera très forte… Ce n’est pas l’Europe, telle que la veut le candidat du Front de Gauche, qui provoquera la fuite des capitaux mais sa politique économique interne. La tentation sera forte, alors, de contrôler les sorties de capitaux, ce qui est interdit par les traités européens et mènerait si c’est le cas à une épreuve de force inévitable.

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