Le décryptage éco. Le plein emploi est-il possible ?

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Objectif plein emploi en 2025 : c’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron. Pour cela, Edouard Philippe réunit lundi les associations, syndicats, patronat. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

Le Premier ministre, Edouard Philippe, réunit lundi 6 mai les partenaires sociaux et divers associations pour lancer la mobilisation nationale pour l'emploi. Objectif plein emploi pour 2025, comme l'a annoncé Emmanuel Macron ? Pas si simple. D’abord, le plein emploi ne signifie pas qu'il n'y a plus de chômeurs, un taux à 0% est impossible, parce qu’il y a toujours un chômage naturel, frictionnel.

Généralement, on dit qu'un pays est au plein emploi quand son taux de chômage est entre 4 et 5%. Autant dire qu’on en est loin parce qu’en France on est à 8,8%. Le plein emploi n’est qu’un vieux souvenir, le taux de chômage n'est jamais redescendu en dessous des 4% depuis 1975. Et la France est dans les mauvais élèves de l'Union européenne, dont le taux de chômage moyen est de 6,5%. Seulement, trois pays de l’Europe ont un taux de chômage plus élevé que nous : l'Italie (10,5%), l'Espagne (14,1%) et la Grèce (18,5%).   

Nous avons un chômage dit "structurel" très élevé. Comme son nom l’indique, il tient à la structure et à la nature de notre marché du travail. Il y a plusieurs explications, et une des principales vient de nos problèmes de formation qui entraînent une inadéquation entre les compétences des candidats et les besoins des entreprises. Du coup, de nombreux secteurs d'activité qui ont pourtant des postes à pourvoir et du travail à offrir n'arrivent pas à recruter. On a aussi des problèmes de mobilité sur le territoire, ou encore de discrimination, etc. Autant de freins que le gouvernement veut lever. 

Plein emploi et qualité des emplois

Atteindre le plein emploi en six ans, les économistes sont dubitatifs. Certes, pour faire baisser le chômage, on pourra compter dans les années prochaines sur les nombreux départs en retraite, mais faut-il encore que les jeunes aient les qualifications pour reprendre les postes. Il faut qu’il n’y ait aucune crise économique majeure, ce qui n’est pas gagné, mais aussi une croissance durable et forte, ces prochaines années. Ce qui est peu probable car le gouvernement vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance de 1,7% à 1,4% d’ici 2022.   

Tout dépend aussi des types d’emploi. Si on regarde l’Allemagne, le taux de chômage est à 3,2% mais on sait bien qu’il y a de nombreux travailleurs pauvres. Au Royaume-Uni, qui est à 4% de chômage, il y a des contrats "zéro heure" (l'employeur ne fait travailler le salarié que lorsqu'il en a besoin) et de la précarité.  

Aux Etats-Unis, le taux de chômage est à 3,6% en avril, du jamais vu depuis 50 ans. Mais des milliers de travailleurs précaires sont sortis des statistiques du chômage. En fait, selon certains économistes comme Eric Heyer, de l’OFCE, les pays qui sont arrivés au plein emploi l'ont généralement fait au prix d’une qualité de l'emploi qui n’est pas bonne, c’est-à-dire avec la multiplication des contrats très courts, des temps partiels subis, du travail à bas coût, avec des garanties sociales très basses, etc. Bref, pas simple d’arriver au plein emploi, et encore moins avec des emplois de bonne qualité. En tout cas, en France, on a de la marge.

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