Le décryptage éco. Le burn out reconnu maladie professionnelle par l’OMS

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L’épuisement professionnel fait son entrée dans la classification internationale des maladies de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, pourtant, les autorités tardent à le reconnaître comme maladie professionnelle. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de reconnaitre le burn out comme maladie professionnelle, en le faisant entrer dans la classification internationale des maladies. Pour Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, et Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, toutes deux concernées par le sujet, il n'est pas question de lier les syndromes d’épuisement avec le seul environnement professionnel. Jusqu’à présent, les ministres ont botté en touche en disant attendre que des experts de la santé se prononcent.

Ceux de l’OMS viennent de le faire. Réunis à Genève pour leur assemblée générale, ils sont très clairs : le burn out est bel et bien liée à l’activité professionnelle. Au point de l’inscrire dans la liste de l’OMS dans la section consacrée aux "problèmes associés à l'emploi ou au chômage". Pour eux, c’est "un syndrome (...) résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été géré avec succès". Selon leur définition, trois caractéristiques décrivent le burn out : "un sentiment d'épuisement", tout d’abord. Ensuite, "du cynisme ou des sentiments négativistes liés à son travail" : en clair on broie du noir quand on pense à son travail. Et enfin "une efficacité professionnelle réduite".

En France, ça fait longtemps que la définition du burn out fait débat, même si on ne commence vraiment à en parler sérieusement qu'après la série de suicides qui a touché France Telecom en 2006, dont le procès se tient en ce moment.

L'enjeu d'un classement en maladie professionnelle

La décision de l’OMS ne va pas changer grand chose en France. Si ce n’est que l’OMS est une institution suffisamment reconnue pour que l’on n’ignore pas complètement sa position. On se souvient qu’en 2017, pendant les élections présidentielles, Benoît Hamon, le candidat socialiste, avait fait de la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle l'un de ses chevaux de bataille.

L’année dernière, la France insoumise a déposé un projet de loi mais l’Assemblée nationale l’avait rejeté. Il faut dire que les patrons ne veulent pas de cette reconnaissance. Ils seraient alors tenus pour responsables de cette affection et cela ouvrirait des droits à indemnisation du préjudice. Jusqu’ici l'épuisement professionnel entraîne des arrêts maladies "classiques", c'est-à-dire compensés, pour les entreprises, par la Sécurité sociale. Mais si le burn out vient à être reconnu comme une maladie d'origine professionnelle, ce n’est plus pareil : il devra être remboursé par la branche "accidents du travail-maladies professionnelles" de l’Assurance maladie, financée, elle, par les employeurs. C’est difficile à estimer mais ça se chiffrerait en milliers d’euros pour les entreprises. 

Le nombre de personnes concernées reste flou. On cite souvent une étude du cabinet Technologia qui avance le chiffre de plus de trois millions de personnes ayant un risque élevé de faire un burn out en France. Mais elle date de 2014. Santé publique France, l'ex institut de veille sanitaire, évalue à 30 000 le nombre de travailleurs touchés sur la période 2007-2012. Reste qu’au delà des données statistiques, beaucoup parlent de "mal du siècle", comme a pu l’être l’amiante.

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