Le décryptage éco. La révolution socialiste

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Les deux finalistes de la primaire à gauche sont Benoît Hamon d’un côté, Manuel Valls, de l’autre. La vraie fracture qui les sépare vraiment est sur l’économie.

Le premier tour de la primaire à gauche a donc qualifié, dimanche 22 janvier, Benoît Hamon et Manuel Valls. Leurs programmes se différencient essentiellement sur l'économie.

À gauche, à la différence de la droite, c’est sur l’économie que la confrontation des idées, des programmes et des hommes a vraiment eu lieu. Et les résultats du premier tour ont cristallisé cette opposition. Mieux : ce qui s’est passé dimanche soir constitue une rupture majeure dans l’histoire socialiste française. Cette confrontation sur l’économie n’est certes pas nouvelle en soi, quand la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle est déjà tiraillée entre l’aile dure du Ceres de Jean-Pierre Chevènement dont le mot d’ordre clé est celui des nationalisations et puis de l’autre côté, la deuxième gauche de Michel Rocard, moins étatiste, qui en appelle à la société civile et à la modération, pour que la gauche assume dans la durée le pouvoir et non plus par effraction.

Mais il y a une grande différence cette fois-ci avec les résultats du premier tour : c’est la ligne dure qui a gagné, alors qu’autrefois dans toutes les confrontations majeures, c’est le candidat et la ligne social-démocrate qui l’avaient emporté. Ce dimanche le Parti socialiste change de visage et de ligne : l’aile la plus à gauche est majoritaire, les frondeurs sont majoritaires, non seulement ils ont placé l’un des leurs en tête, avec Benoît Hamon et l’ont installé dans la dynamique la plus forte, mais les frondeurs sont désormais et pour la première fois nettement majoritaires en voix, Hamon plus Montebourg, pèsent ensemble 54% des voix, c’est avant le second tour, un rapport de force inédit et qui apparaît très solide, très favorable. 

Sur l’économie, François Hollande n’a pas convaincu

Faute d’explication, de politique assumée et surtout de résultats probants, bien sûr, mais ce qui s’est passé dimanche va même bien au delà. On peut dire qu’après cinq ans de grisaille hollandaise, la gauche a décidé de se faire un shoot d’utopie et de rêve, puisque c’est perdu, alors on se fait plaisir, on mange soudain un énorme gâteau après des semaines de diète ou de régime.

Et dans le programme économique de Benoît Hamon, il n’y a que du sucre, que des dépenses nouvelles, sans limite : le revenu universel d’existence, la revalorisation du smic, et des minima sociaux, la hausse du point d’indice de la fonction publique, le recrutement de 40 000 enseignants supplémentaires, l’augmentation de 25% du budget d’aides aux activités périscolaires, un plan d’investissement de 1 000 milliards d’euros de l’union européenne, l’annulation de la dette contractée depuis 2008 et arrêtons-nous là. Chacune de ses mesures bien sûr, prise isolément, peut se discuter, mais c’est l’addition générale qui est absolument spectaculaire et le fait qu’il n’y a rien dans le programme de Benoit Hamon, à la différence d’ailleurs de celui que portait Arnaud Montebourg, sur la production, sur l’incitation au travail, sur la création de richesses ou sur l’entreprise.

Cela ressemble à un programme d’opposition

La question n’est pas, n’est plus d’assumer le pouvoir, ou d’essayer de l’assumer lors des échéances à venir, mais de camper dans l’opposition, c’est ainsi davantage un premier secrétaire ou un chef de l’opposition que ce sont choisis les électeurs de la primaire socialiste, qu’un futur président. Ce renoncement, cet abandon pourrait-on dire du pouvoir, de la question de l’exercice du pouvoir, après cinq ans de Hollandisme, illustre ainsi la crise profonde, peut-être même l’épuisement définitif du courant historique et si fécond de la social-démocratie en Europe. C’est en ce sens là que le premier tour de cette primaire est sans doute un point de bascule politique et j’allais même dire culturel pour la gauche française. C’est cette même évolution qu’a connue et que connaît le  "Labour" britannique, qui vit aujourd’hui un repli politique et idéologique qui l’éloigne, sans doute pour longtemps, du pouvoir politique. Et il n’est pas sûr du tout que ce repli soit une bonne nouvelle.


La révolution socialiste par franceinfo