Le décryptage éco. La France a-t-elle les moyens d'une politique de relance de l'investissement ?

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La France peut-elle relancer une politique d’investissements pour booster la croissance ? Cette question est de retour dans la campagne présidentielle.

Que faut-il faire pour booster la croissance en France ? Presque tous les candidats à la présidentielle prônent, d’une manière ou d’un autre, une politique de relance budgétaire, ciblée sur des investissements qui préparent l’avenir, comme par exemple la transition énergétique, le numérique, les infrastructures. L’argumentaire est le suivant : la France affiche l’une des plus mauvaises performances européennes en matière de croissance et la France a fait le choix de réduire très fortement l’investissement public ces dernières années pour contenir le déficit.

Aujourd’hui, la France manque cruellement d’investissements, c’est un fait. Serait donc venu le temps d’investir, de réouvrir les vannes et même de pratiquer la relance budgétaire, chère à Keynes, le grand économiste britannique. D’autant, ajoutent les partisans de cette politique, qu’il faut en profiter avant qu’il ne soit trop tard, les taux d’intérêts sont encore très bas, les emprunts sont donc encore très bon marché, et il faut faire vite car les taux ont déjà commencé leur remontée, en Europe comme aux Etats-Unis. Sur le papier, cela semble se tenir parfaitement.

Une dépense publique déjà très élevée

La France ne peut pas faire n’importe quoi, sa liberté en matière d’investissement public est limitée, tout simplement qu’elle est déjà la championne toutes catégories des dépenses publiques, 56% de la richesse nationale, c’est colossal et constitue une forme de limite objective. D’autant que cette dépense fabrique de la dette, qui continue à augmenter et à tangenter les 100% du PIB, une dette que l’on risque de payer de plus en plus cher. Et l’Etat, en France, continue à financer par la dette des dépenses publiques de fonctionnement. Il a préféré réduire les dépenses d’investissements qu’assainir vraiment sa dépense publique, ce qui n’est pas la meilleure manière de préparer l’avenir.

Le deuxième problème, c’est qu’une relance budgétaire classique aurait en France une conséquence désastreuse, c’est d’accroître mécaniquement notre déficit extérieur : 10 des 25 produits préférés des Français sont fabriqués à l’étranger, comme les téléphones, l’électroménager, ou même souvent les meubles.
Donc la voie est très étroite.

Une relance possible, sous conditions

C’est le think tank France Stratégie, rattachée auprès du Premier ministre, qui en dessine les contours en respectant chacun de ces paramètres, dans un rapport publié mardi 7 février.

1. La France peut avoir une stratégie de relance de l’investissement, en réorientant sa dépense publique. En gros, on coupe dans les dépenses de fonctionnement avec une vraie réforme de l’Etat, et on injecte ces économies dans des investissements d’avenir. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est sans doute l’heure de vérité, vue le montant de nos dépenses publiques.

2. La France peut amplifier le Programme d’investissement d’avenir, dont le mode de fonctionnement n’a que peu d’impact sur notre déficit public. Là, il y a quelques marges des marges de manœuvres.

3. La France pourrait encourager le privé à investir davantage, en offrant de meilleures garanties publiques à ces investissements.

4. La France devrait alors faire un gros travail de sélection de ces investissements, les cibler sur les meilleurs projets, pour ne pas risquer de mettre en plus encore en déséquilibres les comptes publics français.

On est donc très loin d’une relance classique keynésienne, qui en fait n’est pas une option crédible pour l’économie française. Mais il y a bien un chemin de crête, exigeant mais payant pour réinjecter de l’investissement dans notre économie, et plus encore si l’Europe, qui en a elle les moyens, se décidait enfin à financer un grand plan vraiment ambitieux d’investissements.


La France a-t-elle les moyens d'une politique... par franceinfo

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