Le décryptage éco. L'Italie et le spectre de la crise financière

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Le "non" massif des Italiens à la réforme constitutionnelle de Matteo Renzi projette-t-il l'Italie dans une grave crise économique et financière. 

Le pire n’est jamais certain, Fabienne, mais force de constater ce matin que plusieurs éléments vont dans ce sens. L’Italie est dans un état de grande fragilité, politique, économique, financière et elle fait entrer toute la zone euro dans une nouvelle épreuve, dans une nouvelle phase de risque.

Pour bien le comprendre, il faut rappeler quelques éléments. D’abord, l’Italie est la troisième économie de la zone euro, après l’Allemagne et la France, donc elle pèse lourd, bien plus lourd que la Grèce et un pays dont le poids est marginal et qui avait pourtant mis la zone euro en grand danger.

Une économie très affaiblie 

Cette économie italienne est très affaiblie : elle ne s’est toujours pas relevée de la crise de 2007-2008 qui a détruit une part très importante de la richesse et de la capacité de production du pays. Son produit intérieur brut n’a toujours rattrapé son niveau d’avant la crise. Et le FMI, dans ces dernières prévisions, prévoie même que l’Italie ne retrouverait son niveau économique d’avant la crise qu’en 2025, c’est-à-dire dans 9 ans, c’est considérable. Ce qui veut dire que le pays s’est massivement appauvrit, qu’il demeure hyper-endetté, que les inégalités se sont fortement accrues, que la pauvreté frappe plus de 4 millions et demi d’Italiens. On comprend mieux dans ce contexte la colère populaire qui s’est manifestée dimanche.

Enfin, troisième élément, au cœur de cette crise dans laquelle l’Italie est engluée, il y a le système bancaire : 8 banques italiennes sont ce lundi matin en situation de quasi-faillite. C’est par ce canal là, que la crise pourrait resurgir comme un volcan dont l’activité se met soudain à repartir.  Et c'est ce point de vulnérabilité que les marchés observent et qu'il pourrait sanctionner. 

Des banques au bord de la faillite 

Si les marchés s’inquiètent de l’état des banques italiennes, C’est qu’elles sont justement dans un moment crucial, en pleine restructuration : leurs problèmes sont d’abord le fait d’un lourd héritage du passé, elles sont sous-capitalisées, trop nombreuses, environ 700, elles ploient depuis des lustres sous une montagne de 360 milliards de créances douteuses, dont une grosse moitié ne seront à l’évidence jamais remboursées, 360 milliards, le chiffre est officiel il a été donné par la Banque centrale européenne. Or, plusieurs grandes banques italiennes sont donc en train de chercher à se recapitaliser pour éviter la faillite. Ce n’est pas l’Etat italien qui peut les aider car il est lui même déjà très endetté et surtout ce serait contraire aux règles européennes. Ces banques italiennes ont donc besoin des marchés financiers pour se refinancer. Pour que ça marche, il faut un minimum de confiance. Et là les investisseurs vont se méfier, ils détestent l’incertitude, et la prime de risque va forcément monter. Ce mouvement de défiance des marchés à l’égard de l’Italie, on l’observe déjà depuis plusieurs semaines de manière plus global : dans un contexte mondial de remontée des taux d’intérêts, ceux de la dette italienne se sont envolés depuis deux mois. Si ça montait encore, l’Italie ne serait pas loin de l’asphyxie. La banque centrale européenne a d'ailleurs anticipé ce scénario noir. 

Son président veut éviter que le résultat du référendum mette le feu aux poudres. Il a dit dès la semaine dernière qu’il se tenait prêt et que la BCE pourrait voler au secours de l’Italie en achetant, si besoin et temporairement, davantage de ses emprunts pour calmer les tensions et faire rempart contre les marchés. L’Italie est redevenue ce matin l’homme malade de zone euro.

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