Le décryptage éco. L'Europe, le grand sujet qui divise les candidats à la présidentielle

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Alors les chefs d’Etat et de gouvernement viennent de célébrer le 60e anniversaire du traité de Rome, les candidats à l’élection présidentielle s’opposent sur l’avenir de l’Europe.

La question européenne, qui est pourtant l’une des clés de notre futur, a été jusqu’ici très peu évoquée dans les débats entre les candidats à la présidentielle. C’est d’autant plus regrettable qu’une bonne partie des problèmes graves qui nous assaillent ne trouvent bien souvent une solution efficace que dans le cadre européen.

Cette absence de débat est aussi regrettable parce que l’Europe est pour le coup un vrai sujet de divergences profondes entre les candidats à l'Elysée qui mérite donc qu’il soit débattu en profondeur. D’autant que tous les candidats reconnaissent que le moment est grave, crucial, décisif et que ce sera pour le vainqueur de la présidentielle l’une des premières urgences sur la table.  

Une Europe qui ne satisfait ni Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon 

Si l'on essaie de schématiser, il y a d’abord deux candidats, que tout semble opposer, la philosophie, l’histoire, l’idéologie, mais qui pourtant ont mis tout en haut de leur programme l’idée d’une sortie de l’euro et le retour à la souveraineté nationale la plus stricte. Ces deux candidats sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est l’engagement numéro un de Marine Le Pen, comme pour bien montrer que la question européenne, et plus précisément la question de l’euro, constitue la clé de voûte de son programme.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la question est tout aussi centrale. Le candidat de la France insoumise explique qu’il engagera une négociation immédiate avec l’Union européenne – c’est son plan A - et que s’il n’obtenait pas satisfaction, il passerait au plan B et consulterait les Français par référendum. A l’évidence donc, sur une sortie de l’euro. Or, sortir de l’euro n’est possible qu’en sortant de l’Union européenne. C’est dire l’importance de l’enjeu.

Pas les mêmes priorités pour Benoit Hamon et François Fillon 

Il y a pour les trois autres grands candidats, trois nuances de bleu, le bleu étant la couleur de l’Europe, parce que chacun a sa priorité. La première priorité de Benoit Hamon, c’est la démocratisation de la zone euro. Il fait donc sienne l’idée théorisée par l’économiste Thomas Piketty d’un authentique parlement de l’euro, doté de vrais pouvoirs, pour arbitrer et conduire les politiques économiques des pays de la zone euro. En plaçant la question démocratique au cœur de son projet européen, le parti de Benoit Hamon est d’y mettre en minorité l’Allemagne pour conduire des politiques à la fois plus accommodantes au plan budgétaire et orientées massivement sur l’investissement public. A l’évidence, ça ne se fera pas en un jour, mais il y a une vision.  

La priorité, l’urgence de François Fillon est tout autre. C’est celle de la zone euro, ce que ses partisans appellent le donjon de la construction européenne. Il faut solidifier ce donjon, le rendre indestructible, avant qu’une prochaine crise ne vienne en saper les bases. Le projet Fillon se concentre donc totalement sur l’euro, avec une méthode plus que jamais intergouvernementale, c’est à dire que ce sont les chefs d’Etat qui pilotent, la Commission étant dégradée en simple organe administratif. Son rôle serait ainsi réduit au minimum.  

Emmanuel Macron prône l'idéal européen

Emmanuel Macron est le seul à revendiquer, avec un vrai lyrisme, l’idéal européen. Le candidat rappelle presque à chacun de ses meetings que l’Europe est à la fois notre horizon identitaire, naturel, indépassable et notre meilleur bouclier dans la mondialisation. Pour autant, il affirme que l’Europe a perdu le fil de son projet, qu’elle risque l’effondrement si elle n’en change pas.

Et c’est dans la méthode qu’il se distingue aussi des candidats, puisque sa priorité stratégique et tactique, c’est le couple franco-allemand. C’est à la France et l’Allemagne de sceller un grand compromis, une sorte de donnant-donnant où la France tiendrait enfin sa parole, notamment en terme de réformes et de sérieux budgétaires, et où l’Allemagne jouerait plus clairement le jeu de la solidarité européenne.

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