Le décryptage éco. Heetch, l'économie collaborative dans le viseur de la justice

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Heetch, une plateforme dédiée aux jeunes noctambules, est dans le viseur de la justice, suite aux plaintes déposées par des chauffeurs de taxis. Son procès s’ouvre ce matin. Le décryptage de Vincent Giret.

Nouvelle passe d’armes dans l’affaire des taxis, cette fois c’est Heetch une plateforme dédiée aux jeunes noctambules qui est dans le viseur de la justice. Son procès s’ouvre jeudi 8 décembre. A défaut d’être capable d’adapter nos lois et nos usages pour permettre l’éclosion d’une nouvelle économie numérique, nos pouvoirs publics demandent une fois encore à la justice de trancher une affaire qui la dépasse très largement.

Deux jeunes start-uppers, Mathieu Jacob et Teddy Pellerin, cofondateurs en 2013 d’une application nommée Heetch, comparaissent au tribunal de Paris après une plainte déposée par des artisans de taxis et même de VTC. Le procès devait avoir lieu en juin dernier, mais un flux de plusieurs centaines d’artisans taxis, venus se porter partie civile, avait empêché, de fait, l’ouverture des débats au tribunal.

Heetch, c’est une plateforme de mise en relation entre particuliers, et non avec un chauffeur professionnel. Heetch fonctionne entre minuit et 6 heures du matin, quand il n’y a plus de transports en commun, principalement dans trois grandes villes et leurs banlieues, Paris, Lyon et Lille, et quelques villes d'Europe.

Heetch se positionne dans l'économie du partage

Rien à voir avec Uber-Pop, le service d'Uber fermé il y a un an. L’application a vocation à mettre en relation des particuliers entre eux pour se donner un coup de main, elle ne fonctionne que la nuit, et s’adresse pour plus de 80% de sa clientèle à des jeunes de 18 à 25 ans, qui rentrent le plus souvent dans des banlieues ou des quartiers dans lesquels les taxis ne vont pas à ces heures.

En moyenne Heetch comptabilise 100 000 trajets par semaine. Le tarif est indicatif, l’usager donne ce qu’il veut, on est dans l’économie du partage, et pour que des professionnels ne viennent pas s’immiscer, un plafond de revenus annuels a été fixé à 6 000 euros, soit l’estimation du coût annuel d’un véhicule. Autrement dit, les chauffeurs de Heetch font cela occasionnellement pour rembourser leur voiture et arrondir leurs fins de mois, grâce à des clients qui de toutes façons, n’ont jamais pris et ne prendraient jamais le taxi, hors de prix, surtout la nuit.

Une issue sans doute fatale

Les juges sont rarement des visionnaires, et ce n’est d’ailleurs pas ce qu’on leur demande. Ils vont tenter de se faire une idée du sujet et appliquer la loi dont ils disposent. Nos deux start-uppers risquent jusqu’à 300 000 euros d’amende et deux ans de prison. Sans compter bien sûr la fermeture de leur petite entreprise qui emploie aujourd’hui une cinquantaine de salariés. Et c’est désolant, car Heetch est une entreprise emblématique d’une économie collaborative dans ce qu’elle peut faire de plus vertueux : pratique, sociale, sans intermédiaire, porteuse de sécurité et de réassurance, bref rendant un vrai service aujourd’hui insatisfait.

En ce sens, Heetch a créé son propre marché et n’a rien volé à personne. Et ce n’est pas un gros machin capitaliste américain qui ne paie pas ses impôts chez nous. Il serait peut-être temps qu’on laisse émerger et grandir de vraies start-ups françaises dans le domaine de la mobilité et du transport de personnes.

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