Le décryptage éco. François Hollande fait son bilan économique... un bilan contestable

Lors de son allocution télévisée de jeudi soir, François Hollande est revenu assez longuement sur son bilan économique. Vincent Giret décrypte ce bilan.

François Hollande est revenu assez longuement sur son bilan économique lors de son allocution télévisée jeudi 1er décembre. Allocution où il a annoncé qu'il ne se représenterait pas à la prochaine élection présidentielle. François Hollande dit qu'en économie, il a fait le job et il défend bec et ongle son bilan comme il l'a fait dans le livre des journalistes Gérard Davet et FabriceLhomme Un président ne devrait pas dire ça... aux éditions Stock : il nous dit que les comptes publics sont assainis, la sécurité sociale à l’équilibre, la dette "préservée" et que les résultats sont imminents, il les voit arriver. D’ailleurs le chômage frémit. 
On peut avoir du respect bien sûr pour l’homme, avoir même été touché par la gravité du moment qu’il s’est infligé hier soir, mais quand même, en prenant un peu de recul, tout est contestable dans l’affirmation de François Hollande :
La France ne va pas beaucoup mieux qu’en 2012. Il y a environ 600 000 chômeurs de plus qu’en 2012 (et non pas un million comme le dit Arnaud Montebourg), mais 600 000 c’est déjà beaucoup, la France a certes réduit son déficit public mais que ce fut laborieux et il n’est pas certain que déficit passe sous la barre des 3% en 2017. Et la dette a continué à s’accroitre, elle dépasse même les 2 000 milliards d’euros et si elle progresse moins vite, c’est surtout grâce à des taux d’intérêt qui n’ont jamais été si bas.

Ces résultats médiocres ont été obtenus alors que la France a bénéficié d'un alignement de planète inespéré avec à la fois un euro très bas, un prix de l'énergie divisé par deux et des taux d'intérêt négatifs. Et pourtant la France a fait moins bien que la plupart de ses partenaires, elle est très mal classée en terme de performances, en terme de croissance, de création d’emploi et même de déficit. Et le décrochage avec l’Allemagne s’est globalement accru sous ce quinquennat.
Et la vérité, contrairement à ce que dit Hollande, la voix de la France a très peu pesé sur les questions économiques en Europe, essentiellement parce que la politique économique de la France a manqué de crédibilité.

François Hollande a mis le paquet sur les entreprises avec le Cice et le pacte de responsabilité

Constatant le blocage de l'économie et l'absence de créations d'emplois marchants, François Hollande décide courageusement de mettre enfin le paquet sur la compétitivité, un sujet totalement ignoré pendant la campagne ! Le résultat est controversé, pour plusieurs raisons : - Un dispositif trop complexe : une grosse usine à gaz, complexe et un peu baroque qui fait que le poste est le premier bénéficiaire du CICE :


- Un dispositif mal ciblé : les PME qui en avait besoin n'en ont pas assez profité

- Le message a été constamment brouillé : hollande mettait le paquet sur la compétitivité mais a voulu tenter une synthèse improbable en donnant en permanence des gages à la frange la plus à gauche de sa majorité. Tout Hollande est là.

- Enfin les politiques de l’offre mettent beaucoup de temps à produire des résultats. Elles ne sont pas calées sur le temps politique
Au total, la compétitivité est un problème qui n’est pas réglé et qui est encore devant nous. Ce sera un sujet majeur pour le prochain quinquennat. 

Les sept raisons de l'échec :

1. d'abord L'impréparation à exercer le pouvoir. Hollande et son équipe ont sousestimé l'impact de la crise et la gravité de la situation de la France


2. Une erreur initiale de diagnostic : Hollande avait tout misé sur un retour rapide de la croissance, or elle ne revient pas. Son projet reposait en partie sur du sable.

3.Il n’a pas dit la vérité sur l’état de la France alors qu'un rapport de la Cour des comptes, rendu public en juillet 2012 lui aurait permis de prendre à témoin l'opinion.

4. Des débuts calamiteux : bp d’amateurisme chez les ministres et à l’Elysée, il défait pour des raisons purement politiciennes les deux bonnes mesures qu'avait prises Sarkozy, l’exonération des heures sup, et la TVA sociale en fin de mandat, Hollande va le regretter publiquement d’ailleurs mais ça sera trop tard.

5. Il n’est jamais allé jusqu’au bout de sa logique, par gout de la synthèse baroque, des demi-mesures pour tenter de contenter tout le monde, et cela a cassé les effets des quelques bons choix de politique

6. Une croyance en la social-démocratie qu’il n’a pas su faire vivre, les partenaires sociaux terminent ce quinquennat complètement cassés, affaiblis, en miettes, alors que F. Hollande avait voulu les renforcer pour porter une vision réformatrice. Ce n’est pas le moindre des paradoxes.

7. Et c'est le important : L’économie est le sujet qui divise le plus profondément la gauche. La gauche n’a pas fait son travail de remise à jour de sa doctrine. Le parti socialiste a vingt ans de retard en économie, il y a eu très peu de travail, tous les grands partis sociaux-démocrates en Europe ont tenté d’adapter leur doctrine aux réalités d’un monde qui est aujourd’hui en pleine mutation. Ils ont fait une sorte d’aggiornamento. Pas le PS.

Il faut se souvenir qu'en décembre 1994, Jacques Delors annonce qu'il renonce à se porter candidat parce qu'il sait et dit que la politique économique dont la France a besoin n'aura pas de majorité à gauche. Rien n'a malheureusement changé depuis. François Hollande n'a pas réussi cette refondation a chaud de la gauche, mais peut-être était-elle impossible.