Le décryptage éco. Faut-il s'attendre à un recul de l'âge de la retraite ?

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Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, a dit n'être "pas hostile", pour les retraites, à un allongement de la durée du travail. Elle a précisé qu’elle parlait en son nom personnel mais ses déclarations jettent le trouble. Le décryptage de Fanny Guinochet, ("L'Opinion").

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à titre personnel, n'est pas hostile à un allongement de la durée du travail. Une déclaration qui jette le trouble.

A priori, l'âge légal ne doit pas bouger. Dans le cadre de la grande réforme des retraites que prépare le gouvernement, qui vise à instaurer un système universel par points, l’exécutif explique depuis le début que l’idée n’est pas de repousser l’âge de départ à la retraite. On le rappelle, il est à 62 ans. Pendant la campagne, Emmanuel Macron s’était engagé à ne pas toucher à cet âge légal, à ne pas le reculer. Mais voilà, on comprend tout de même que "la question de l'âge du départ à la retraite" est sur la table. 

Agnès Buzyn dit que la droite et la gauche en parlent. Le report de l’âge est surtout prôné par la droite. La semaine dernière, Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, l’évoquait. Avec cet argument : "Il est normal de travailler plus longtemps car on vit plus vieux qu’avant". Agnès Buzyn dit la même chose, en se plaçant en tant que médecin, lorsqu’elle explique que "la durée de vie augmente d'année en année." C’est vrai. Le temps passé à la retraite ne cesse de croître. C’est particulièrement vrai d’ailleurs en France où les femmes passent en moyenne 27 ans à la retraite contre 22 ans, en moyenne, pour le reste des pays de l'OCDE. C’est 24 ans pour les hommes contre 18 dans les pays de l’OCDE.

C'est en France que l'on part le plus tôt à la retraite 

Avec un âge légal à 62 ans , on est effectivement un des pays de l‘OCDE où on part le plus tôt , même si une étude récente de l’Insee montre que dans les faits, les Français – en dehors des régimes spéciaux - prennent plutôt leur retraite à 63 ans. Il n’y a que la Suède où il y a d’ailleurs un régime par points, qui fait mieux que nous, puisque l’age de départ est fixé à 61 ans Sinon, c’est 65 ans en Espagne, 65 ans et sept mois en l’Allemagne, plus de 66 ans en Italie.  

Cet âge de départ conditionne tout l’équilibre budgétaire car il y a de moins en moins d’actifs pour payer les retraites. Et parce que les pensions des 16 millions de retraités restent le premier poste de dépense de l'État. Pour 1 000 euros dépensés, 268 euros servent à payer les retraites. Au total ça représente plus de 300 milliards d’euros, c’est plus de 13% de notre PIB, soit six points de plus que la moyenne de l’OCDE.

Vers un âge pivot dans le nouveau système

Dans un système universel, normalement, il y aura plus d'âge de départ, sur le papier. Mais en fait, pour inciter un maximum de salariés à travailler au-delà de 62 ans, ce qui déséquilibrerait les comptes, le gouvernement songe à instaurer un âge-pivot, autrement dit une borne dissuasive en dessous de laquelle vous n’auriez pas votre pension pleine, À l’inverse, vous aurez une surcote, un bonus si vous restez dans l’emploi plus tard.   

Pour l’instant ce ne sont que des pistes. Rien n’est tranché Mais les propos d’Agnès Buzyn ne sont pas passés inaperçus. Yves Veyrier, le numéro un de Force ouvrière, les a relevés, estimant que "les masques tombent un peu plus sur cette réforme". Il y voit un argument supplémentaire pour aller manifester mardi 19 mars avec la CGT.

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