Le décryptage éco. Comptes publics : la situation est-elle réellement si grave ?

Jeudi se tiennent les Etats généraux des comptes de la Nation à Paris. La Cour des compte a déjà rendu un rapport sévère sur l'état des finances publiques.

Les Etats généraux des comptes de la Nation sont ocnvoqués jeudi 6 juillet à Paris. Une réunion très attendue après le rapport sévère de la Cour des comptes sur l’état des finances publiques. La situation budgétaire de la France est-elle si détériorée que le gouvernement le laisse entendre ?

La querelle des chiffres et leur interprétation est traditionnelle, et permet de justifier les petites phrases du genre : "Il faut se désintoxiquer de la dépense publique", prononcée par le nouveau Premier ministre.

La situation des comptes est chronique et connue

Si on regarde le déficit public, le gouvernement veut revenir à 2,8%-3% du PIB. Mais de 2009 à 2011, on a approché les 8%. En 2014, on était encore à un peu plus de 4%. Donc, en toute logique on peut parler d’une amélioration mais elle est toute relative : les dépenses continuent d’augmenter. C’est la hausse qui ralentit, un peu comme si une personne qui prend du poids en permanence se félicitait de grossir un peu moins chaque mois.

Les déficits se creusent de manière chronique depuis le début des années 1990. Le message est répété depuis des années. Chaque gouvernement promet à chaque fois une amélioration et on n’en voit jamais la couleur, ou si peu. Pour ce qui est de l’héritage Hollande, évoqué par la Cour des comptes, le fait qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe semblent découvrir le pot aux roses aujourd’hui est, pour certains observateurs, sujet à caution. Beaucoup reprochent au président de la République ne n’avoir rien fait pour limiter les dégâts lorsqu’il était déjà aux affaires.

À sa décharge : ce n’est pas un conseiller présidentiel qui appuie sur le bouton final des décisions stratégiques ; et un ministre est soumis à des tas d’arbitrages (Elysée et Matignon décident en dernier ressort). Enfin, Emmanuel Macron avait justifié son claquage de porte du ministère : "Notre système politique est bloqué… j’ai vu la vacuité de notre système aux règles obsolètes", avait-il alors déclaré. Mais sur l’état des finances publiques, on tourne en rond depuis près d’une trentaine d’années.

Des promesses de renouveau repoussées

L’impression est non pas que les promesses de campagne s’émoussent, mais que l’on y a mis un sérieux moderato. Certaines mesures fiscales sont reportées d’un an, voire plus (réforme de l’ISF, transformation du CICE en baisse de charge pourtant très attendues par le entreprises…). Quant à la promesse d’exonérer de la taxe d’habitation 80% des Français, on parle désormais d’une "concertation sur la réforme".

Ce genre de réformes marquantes – qui ont résonné pendant la campagne comme autant d’espoirs de la part des chefs d’entreprise et des Français – doivent être menées dans les premiers cent jours de pouvoir. C’est un gage de crédibilité et un signal envoyé à l’opinion. Ne pas le faire serait retomber dans les vieilles habitudes. Le renouveau sans changement… une petite musique déjà entendue.