Le décryptage éco. Chez Total, la transition énergétique passe par le gaz iranien

Total devient la première compagnie occidentale du secteur de l'energie à revenir en Iran depuis la levée des sanctions internationales il y a deux ans. Le groupe pétrolier français signe lundi un accord de quatre milliards d'euros avec Téhéran.

Total signe lundi 3 juillet avec Téhéran un accord de 4,8 milliards de dollars (quelque quatre milliards d'euros) pour développer un important champ gazier en Iran. Le groupe pétrolier français devient ainsi la première compagnie occidentale du secteur à revenir dans la République islamique depuis la levée des sanctions internationales il y a deux ans.

C'est une nouvelle phase d’exploitation du gisement de South Pars, le plus grand gisement de gaz naturel au monde, situé dans le golfe Persique, au sud-ouest du pays, à une centaine de kilomètres des côtes. Il s’agira de produire du gaz destiné au marché iranien à partir de 2021. L’accord porte sur 20 ans. Total sera l’opérateur et l’actionnaire du projet à 50% aux côtés du chinois CNPC (30%) et  la compagnie iranienne Petropars (20%).

Total creuse son avance dans la région 

Cette signature intervient malgré la position hostile du président américain, Donald Trump, qui dénonce régulièrement l’accord nucléaire conclu entre Téhéran et les grandes puissances internationales. Après des années de sous-investissements, l’Iran, qui est troisième producteur de pétrole au sein de l’Opep, cherche à attirer les compagnies étrangères pour développer aussi sa production de gaz.

Les économistes Patrice Geoffron et Jean-Marie Chevalier expliquent le processus dans leur dernier ouvrage paru aux Editions Eyrolles, Les nouvelles guerres de l'energie. (éditions Eyrolles). Le gisement en question est partagé entre l’Iran et l’émirat du Qatar, où Total est également un acteur de tout premier plan dans la production de gaz. En restant très discret, mais en embuscade pendant les années de gel des affaires dû à l’embargo international, Total a pris une longueur d’avance sur ses concurrents : l’Italien Eni et l’Anglo-néerlandais Shell.

Un virage stratégique vers le gaz et l'électricité

Cet accord est l'illustration du vrai virage stratégique que veut développer le patron de Total. Patrick Pouyanné privilégie désormais le gaz naturel et les énergies renouvelables.

Rappelons deux investissements majeurs de Total en dehors du pétrole au cours des deux dernières années : le rachat du fabricant de batteries Saft (pour le stockage de l’énergie électrique) et l’acquisition du groupe belge Lampiris (troisième fournisseur de gaz et d’électricité en Belgique, également actif en France où il vend déjà ces deux énergies aux secteurs résidentiel en commercial).

Le groupe entend être beaucoup plus agressif sur le gaz qui est au centre de la transition énergétique. D’où l’intérêt évident de l’accès aux ressources iraniennes. Il n’est pas forcément si éloigné, le temps où l'on parlera du géant gazier et électricien Total, encore considéré par le grand public comme un simple géant pétrolier.


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