Le décryptage éco. BCE : Draghi, l'impassible

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La BCE droite dans ses bottes malgré le contexte électoral français : comme les marchés, la Banque centrale européenne a l’œil rivé sur Paris, mais le spectre d’un duel Le Pen-Mélenchon s’est éloigné et Draghi a retrouvé une certaine confiance.

Jeudi 27 avril, la BCE est restée imperturbable. Rassurée par les 100 premiers jours de Trump qui n’ont pas renversé la table mais surtout rassurée en partie par le premier tour de la présidentielle française. Ses taux d’intérêts restent donc inchangés, toujours au plus bas, son principal taux directeur est même à zéro depuis des mois. C’est ce qui permet aux banques de vous proposer des crédits immobiliers très intéressants, autour de 1,5% à 2%. Il faut se souvenir que c’était plus de 10% dans années 1990, et plus de 5% avant le passage à l’euro. Ces taux très bas ont pour objectif de doper la croissance en zone euro. Ça porte ses fruits. Mario Draghi l’a confirmé hier : la reprise en zone euro est de plus en plus solide.

Le crédit recircule

La BCE veut faciliter la circulation du crédit d’abord pour que les entreprises empruntent facilement. Du coup, elle fait payer les banques qui placent de l’argent auprès d’elle au lieu de le prêter et de l’injecter dans l’économie réelle. Et ça marche, donc, la circulation du crédit, en zone euro, a augmenté de près de 2%. Mais si la reprise est solide et si l’inflation est maitrisée, les taux remonteront bientôt. Tout dépendra du contexte politique, car il y a aussi des élections en Allemagne en septembre puis en Italie l’an prochain.

1 300 milliards dans l’économie

La politique accommodante de la BCE, c’est aussi le rachat de 60 milliards de dettes par mois, essentiellement de la dette des états, un peu moins qu’avant. C’est que préconisait Mélenchon, il y a longtemps que c’est en place. En 18 mois, ce programme de Quantitative Easing, comme on l’appelle, a permis d’injecter, 1 300 milliards de liquidités dans l’économie de l’Euroland. Avec un souci, l’inflation : elle est repartie à la hausse en février dernier, et n’est pas encore stabilisée sous les 2%. Car cette politique est à double tranchant : faire marcher la planche à billet peut faire aussi flamber les prix. Mais au cœur des années de crise, c’est cette politique-là, qui a permis à la zone euro d’éviter la déflation.

Indépendante et protectrice 

L’Allemagne, c’est-à-dire par Jens Waidmann, le patron de la Bundesbank, veut en finir avec cette politique qu’il juge trop laxiste, car les taux bas pénalisent les économies des allemands, surtout celle des retraités. Waidmann veut une remontée des taux, la BCE n’a pas cédé. Ca démontre, n’en déplaise à Marine Le Pen, que  la BCE n’est pas à la botte de l’Allemagne. C’est même la preuve de son indépendance. Par exemple vis-à-vis des Etats Unis. Ils ont déjà relevé par trois fois leurs taux d’intérêts, sans que la zone euro ne suive. La BCE est une institution qui non seulement est indépendante mais qui protège, car c’est elle qui  a atténué les effets de la crise dans l’Euroland. Ce qu’elle continuera de faire aussi longtemps que nécessaire, comme l’a dit son président, Draghi, même si cette politique atteint aujourd’hui ses limites. De temps en temps, il convient de rendre à César ce qui lui appartient et de remettre l’église au milieu du village.

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