Le décryptage éco. Amende record pour Google : premier gros coup de semonce européen

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La Commission européenne inflige à Google une amende record de deux milliards et demi d’euros pour abus de position dominante. C’est le premier vrai gros coup de semonce de l’Europe contre le géant américain de l’informatique.

Ce n’est pas la première sanction financière de l’Europe contre des multinationales. En 2009, le leader mondial des puces informatiques, Intel, avait écopé d’un milliard d’euros d’amendes pour avoir tenté d’exclure du marché son principal concurrent, AMD. En 2004, Microsoft avait écopé de 500 millions d’euros pour avoir refusé de fournir à ses concurrents une documentation technique sur certains de ses logiciels. Plus récemment, Apple s’est vu contraint de rendre treize milliards d’impayés d’impôts à l’Irlande, mais un accord avait été trouvé avec Berlin. Avec 2,4 milliards d’euros d’amende pour Google aujourd’hui, la somme constitue un record. 

Que reproche-t-on à Google ?

Bruxelles accuse la firme américaine d’avoir abusé de sa position dominante dans la recherche en ligne pour favoriser son comparateur de prix "Google shopping". Dans pratiquement tous les pays européens, le moteur de recherches de Google détient 90% de parts de marché, ce qui laisse peu de place à ses concurrents, si l’on en croit les résultats d’une enquête menée depuis sept ans. Bruxelles en a conclu que, pour garder le monopole, Google a bloqué les autres sociétés, freiné l’innovation et empêché les consommateurs européens de bénéficier d’un choix plus large de services. 

Concurrence par-ci, fiscalité par-là 

Sur le terrain fiscal, c’est beaucoup plus compliqué : si les règles liées à la concurrence sont bien organisées au niveau de l’Union européenne, il n’y a toujours pas d’harmonisation sur les questions fiscales. Chaque pays y va ainsi de sa législation. Récemment, alors que le fisc français réclame à Google 1,1 milliard d’euros d'arriérés d'impôts, le rapporteur public du tribunal administratif de Paris a estimé qu'au regard du droit, l’Américain n'avait pas à y être soumis puisque ne disposant pas d’un établissement stable en France. Surprenant, certes, mais c'est ainsi. En réalité, c’est toute la question de l’explosion ou non des monopoles pour redonner une vraie liberté aux consommateurs qui est derrière ce débat. Et puis, aussi, respecter les citoyens : on pourrait ainsi évoquer à cet égard la protection des données personnelles. C'est ce que développe l'économiste Jean-Hervé Lorenzi dans son livre L’avenir de notre liberté, faut-il démanteler Google et quelques autres (Ed. Eyrolles). 

Verrouiller ou laisser jouer la concurrence totale

L’administration doit-elle tout verrouiller par de l’hyper régulation, des sanctions et des amendes, ou laisser libre cours au marché ? Aux Etats-Unis, au début du XXe siècle, le président américain Théodore Roosevelt, qui avait été le premier à démanteler les trusts (monopoles) américains, résumait déjà très bien la situation constatée aujourd’hui en Europe. Le 26e président des Etats-Unis voyait la liberté et la concurrence comme les moyens normaux du fonctionnement d’une économie libérale. La position dominante pouvant être justifiée à condition qu’il n’y en ait pas d’abus. L’Europe n’a, elle, toujours pas trouvé où placer exactement le curseur.