Le casse-tête des 35 heures dans les hôpitaux

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Mouvement de grève aujourd’hui dans les hôpitaux de Paris : en cause la réforme des 35 heures que le directeur Martin Hirch souhaite mettre en œuvre pour faire des économies. Depuis l’instauration des 35h en 2002, l’organisation du travail dans les hôpitaux est devenu un véritable casse-tête.

L’histoire est souvent pleine d’ironie, je vais vous raconter une petite anecdote. Et elle concerne Martin Hirsch, qui dirige aujourd’hui ce qu’on appelle l’APHP, c’est à dire l’Assistante Publique Hôpitaux de Paris qui regroupe 38 établissements parmi les plus prestigieux et 75.000 agents, et plusieurs milliers de médecins. Avant de diriger cet immense ensemble, Martin Hirsch, fut on le sait, Haut commissaire aux solidarités sous Nicolas Sarkozy, mais bien  avant, à la fin des années 90, Martin Hirsch était justement, jeune membre du cabinet de Martine Aubry, alors ministre du travail du gouvernement Jospin. Et un jour, le jeune conseiller regarde sa ministre bien droit dans les yeux et lui dit :  "Martine est-ce que tu me jures que la loi instaurant les 35 heures ne concernera jamais les hôpitaux ?".  "Mais bien sûr, je te le jure, je sais bien que ce n’est pas applicable dans les hôpitaux !", lui aurait répondu la ministre. C’est en tout cas ce que raconte volontiers Martin Hirsch, qui une bonne douzaine d’année plus tard, ironie de l’histoire, se retrouve justement à la tête des hôpitaux de Paris et doit tenter de démonter ou au moins de renégocier ces fameuses 35 heures. Voilà. Et ce n’est vraiment pas simple.

Les personnels sont très attachés aux 35 heures

En fait c’est plus compliqué que ça : c’est que dans les hôpitaux les 35 heures ont souvent été appliquées sans rien changer dans l’organisation du travail. Du coup, il y a une désorganisation générale dont tout le monde souffre, y compris d’ailleurs les patients. Surcharge de travail pour les personnels présents au point que beaucoup frôlent le burn out, pénurie de personnel dans certains services, arrêts de travail qui explosent, tandis que le stock des centaines de milliers d’heures de RTT reportées est en train de fabriquer une véritable bombe financière. Le nombre de RTT varie de 20 à 24 jours selon les personnels, et une grande partie de ces jours sont stockés sur des comptes épargne temps dont le total atteint désormais près de 75 millions d’euros.

On est au début d’une négociation, il est vrai fort risquée, mais elle va durer plusieurs semaines, chacun sait bien que le système n’est plus tenable, qu’une réforme profonde est indispensable et qu’il faudra supprimer un certain nombre de jours de RTT si on ne veut pas diminuer le personnel. D’ailleurs dans les faits, et on le dit peu, mais la moitié des hôpitaux français a déjà renégocié discrètement les 35 heures. Mais à Paris l’APHP est bien un symbole. Et Martin Hirsch ne semble pas avoir le soutien plein et entier de la ministre de la Santé Marisol Touraine, qui n’a rien trouvé de mieux à faire, à quelques jours du congrès du parti socialiste, de rappeler combien les 35 heures, c’était sacré à l’hôpital, sans bien sûr proposer la moindre solution. L’Etat a pourtant demandé aux hôpitaux globalement de réaliser trois milliards d’économies d’ici à 2017, et l’APHP devra en prendre sa part. Martin Hirsch aime les missions intrépides, on le sait, on lui souhaite quand même bien du courage.